7 avril, je me souviens

7 avril, je me souviens
de cette angoisse glaçante, de cette épouvante qui m’a traversé et dont je ne mesurais pas encore l’ampleur de la signification,
de ces corps d’amis enfouis dans des fosses communes,
de ces amis emportés eux aussi par la peur et la haine,
et du courage d’autres qui ont résisté,
de nos aveuglements et de nos lâchetés,
de ces quelques jours durant lesquels tout aurait pu être arrêté,
de ces plaies béantes, dans les chairs et dans les âmes,
que certains veulent occulter, que d’autres cherchent à rouvrir,
de mon émotion intense au Mémorial des génocides à Kigali et du silence assourdissant de l’amoncellement d’ossements à Kibuye,
des rescapés obligés de vivre à côté de ceux qui ont massacré leurs proches et pillé leurs biens,
de l’éblouissante humanité d’hommes et de femmes, artisans de paix et de réconciliation,
de l’impérieux besoin de justice pour avancer vers demain, de la part honorable mais inachevée qu’a pris la Belgique dans ce travail de justice,
de la sincérité de Guy Verhofstadt rendant un peu d’honneur à notre Pays,
de l’expérience intime de la rencontre entre l’ombre et la lumière,
de ce « un million de fois une personne assassinée » en 3 mois,
de leurs voix qui nous appellent
à la vigilance aujourd’hui,
à la responsabilité aujourd’hui,
à la nécessité d’éclairer et de comprendre, hier et aujourd’hui, ici et ailleurs
les chemins pervers qu’empruntent le racisme et l’ethnisme ;
je me souviens du génocide des tutsis
et que nous ne sommes qu’une et une seule Humanité…