Légumes

Alimentation, santé, cancer : il est temps de bouger !

Selon l’OMS, « Au moins la moitié des cancers pourraient être évités ou retardés en adoptant un mode de vie plus sain et notamment en modifiant notre régime alimentaire. »

Le régime alimentaire méditerranéen (à base de légumes, céréales, légumineuses, huile d’olive…) permet de réduire de 30 % les accidents cardiovasculaires.

72 % des prescriptions remboursées par la Sécurité sociale belge sont destinées à lutter contre l’hyper-tension et le cholestérol, des affections notoirement liées aux comportements alimentaires.

Le Royaume-Uni estime que les coûts directs (soins médicaux) et indirects (baisse de productivité) liés au surpoids (IMC>25) et à l’obésité (IMC>30) vont augmenter de 70 % en 2015 et de 240 % en 2025 par rapport à 2007.

Faut-il en rajouter ? Ah oui, ces problèmes de santé et de surmortalité directement corrélés au modèle alimentaire touchent massivement et spécifiquement les populations les plus pauvres et les moins éduquées. Comme l’écrit Bernard De Vos, notre Délégué général aux droits de l’enfant, « le droit à la santé, garanti par les textes internationaux, n’est pas assuré quand l’on voit que le risque d’être confronté au surpoids est triplé quand la famille est plus pauvre que la moyenne ».

C’est dire combien développer une véritable politique de l’alimentation devrait être une priorité politique reliant la terre, les producteurs, la santé et le plaisir du bien manger. On en est loin…

466 millions d’euros de pubs liées à l’alimentation

En septembre dernier, l’union Belge des Annonceurs, la Fédération du Commerce et la Fédération de l’Industrie alimentaire, estimaient à 466 millions d’euros le montant des investissements publicitaires du secteur alimentaire en Belgique. C’est peu dire que ces publicités portent rarement sur la consommation de carottes râpées ou de salade de blé (pourtant tellement riche en acide gras Oméga3).

Ces messages publicitaires quasi permanents jouent un rôle prescriptif des comportements alimentaires importants et, malheureusement, bien peu adapté aux objectifs de santé publique.

Or, l’impact de notre alimentation sur notre santé est tel que la sensibilisation du grand public à ce sujet mériterait d’être une priorité de toute politique de promotion de la santé.

En témoignent de nombreuses publications relatives à la prévention du cancer, les recommandations du Plan National Nutrition Santé ou, tout récemment encore, les conclusions de l’étude majeure du Pr Ramon Estruch de Barcelone publiée dans le New England Journal of Medecine qui attestent d’une réduction de 30 % des accidents cardiovasculaires grâce au « régime méditerranéen ».

Au regard de ceci et après que le « horsegate » européen ait mis en lumière les pratiques douteuses de l’industrie agro-alimentaire, la Ministre Laanan, en charge de la promotion de la santé en Fédération Wallonie-Bruxelles, m’informait il y a quelques mois1 du fait que les moyens budgétaires actuellement alloués par la Fédération aux actions comprenant au moins partiellement une dimension de promotion d’une alimentation saine s’élevait en 2012 à 1.087.782 euros !

466 millions versus 1 million d’euro… le rapport de force est clair…

Un lien étroit entre alimentation et cancer

Le lien entre l’alimentation et le cancer apparait chaque jour comme plus étroit2. Même si le rôle de la génétique et celui de l’environnement ne sont pas contestables, il est aujourd’hui démontré que nos comportements et nos choix personnels restent décisifs en matière de prévention du cancer.

De nombreuses études internationales3 confirment le rôle déterminant de nos habitudes et de nos choix alimentaires en matière de prévention et de protection contre le cancer. Pour autant, rien n’est simple dans ce type de prévention parce qu’on sait à présent, grâce aux récentes avancées de la génétique et de la génomique, que les risques pour une personne donnée de développer tel ou tel cancer ne dépendent pas seulement de son génome. Ces risques sont également liés de manière importante à son mode de vie qui va permettre ou au contraire empêcher l’expression de certains gènes favorisant l’apparition d’un cancer.

L’intrication de ces différents facteurs est complexe mais un consensus se dégage au sein de la communauté scientifique pour reconnaître l’importance, jusqu’à présent sous-estimée, de nos choix de vie en matière de risque de cancer.

Sans nier bien évidemment l’impact que peut avoir la consommation à long terme d’aliments et de produits contenant certaines substances chimiques, qu’il s’agisse de conservateurs ou de résidus de pesticides, il n’en demeure pas moins vrai que l’adoption d’une alimentation équilibrée et saine, limitant la consommation de graisses saturées, de sucre et de protéines animales et favorisant les fibres ainsi que les fruits et légumes frais, permet de réduire sensiblement les risques de cancer, même dans le cadre de la consommation d’aliments essentiellement issus d’un mode de production industrielle.

En s’appuyant sur ces nouvelles connaissances scientifiques et sur ces découvertes récentes des mécanismes biologiques et cellulaires fondamentaux par lesquels l’environnement va profondément influer l’expression de notre génome, il serait donc très utile et sans doute très efficace, en termes de prévention, de mettre en place dès le plus jeune âge une véritable éducation sanitaire axée notamment sur la connaissance des règles nutritionnelles et diététiques.

Une nécessité urgente d’agir préventivement, en priorité auprès des enfants

C’est en effet dès l’enfance que nous devons intégrer et intérioriser les règles simples de « bonne pratique» alimentaire qui permettront de prévenir l’apparition de la majorité des cancers, ou d’en retarder considérablement la survenue.

Le professeur Georges Casimir, directeur médical de l’Hôpital des enfants Reine Fabiola à Bruxelles, estime qu’une conférence interministérielle devrait avoir le courage d’envisager la détaxation de produits sains comme les fruits et légumes, ou la distribution généralisée de soupe dans les écoles.

Il est donc urgent de s’atteler, en étroite coopération avec les acteurs médico-sociaux et associatifs, à ce travail d’éducation qui prendra une génération mais aura des effets considérables et décisifs, en synergie avec les progrès médicaux, dans la mise sur pied d’un programme global de détection et de soins de l’obésité et de lutte contre le cancer.

Aujourd’hui, malgré les programmes européens de distribution de fruits et légumes, malgré les initiatives de formation des cuisiniers ou de promotion de l’agriculture wallonne, aucune concertation politique n’est envisagée entre la Wallonie et la Fédération Wallonie-Bruxelles pour répondre conjointement à ce défi d’une alimentation de qualité et de proximité à l’attention des élèves de nos écoles.

« Que ton aliment soit ton premier médicament » disait Hypocrate.

A quoi sert-il d’investir tant dans la recherche pharmaceutique si nos comportements individuels et collectifs s’ingénient à produire de la maladie ?

C’est notre système alimentaire qu’il faut changer, en profondeur, pour protéger notre environnement, assurer la viabilité de l’agriculture paysanne et des savoirs-faire gastronomiques et favoriser le bien-être et la santé du plus grand nombre.

Il est urgent que les responsables politiques fassent montre d’une véritable ambition en matière de prévention des maladies liées aux comportements et à l’environnement. Et ce, quelles que soient les pressions exercées par des lobbies puissants comme les industries et singulièrement celui de l’agro-alimentaire.

1) Texte complet disponible sur www.ecolo.be
2) Cancer et alimentation, un lien toujours plus étroit, René Trégouët, sénateur honoraire, mai 2013
3) Retrouvez ici la liste des différentes études citées par M. René Trégoüet dans son article.