Dans les locaux technique de l'école Notre-Dame (Fleurus)

Chauffer les écoles avec des fientes de poules !

Le vendredi 31 janvier, Patrick Dupriez a invité les Parlementaires de la Commission énergie du Parlement wallon à visiter une centrale de biométhanisation et un réseau de chaleur dans la commune de Fleurus. Isabelle Meerhaeghe et Xavier Desgain ont répondu présents.

M. Frans Smets, ancien directeur d’une école d’agronomie et d’environnement est à l’origine du projet de Fleurus. Il lui a fallu à peu près 8 ans pour finaliser son projet. La centrale de biométhanisation est située idéalement: à deux pas de la ville, mais aussi, des agriculteurs qui lui apportent les déchets et effluents de culture qui l’alimentent. L’orientation des vents, pour limiter au maximum les nuisances, ainsi que l’étude de l’impact paysager ont dès le départ été pris en compte. C’est sous la forme d’une coopérative qui regroupe notamment des agriculteurs que la société Cinergie s’est développée. Elle emploie aujourd’hui 4 personnes, mais des emplois indirects liés à l’exploitation et à l’entretien du réseau et les profits que peuvent en retirer les agriculteurs qui fournissent la matière première sont également à prendre en compte.

Comment ça marche ?

Les agriculteurs, installés dans un rayon de 10km autour de la centrale de biométhanisation apportent leurs effluents : fientes de poules, lisier, fumier, fanes de pois, tontes de pelouses, tailles de haies … Le tout est placé dans des cuves enterrées où se passe la fermentation. De là, en plus de quelques mauvaises odeurs qui heureusement sont dirigées vers les zones inhabitées, sort du méthane qui se transforme en chaleur et en électricité. La chaleur chauffe de l’eau qui part via un réseau de conduites vers le centre de Fleurus où trois écoles, l’administration communale et quelques maisons particulières sont ainsi chauffées. Tout se règle depuis la centrale grâce à un système de fibres optiques qui relie toutes les installations.

Et que fait-on avec toute cette chaleur pendant les mois d’été ? La chaleur résiduelle sert à sécher des plaquettes de bois qui peuvent être vendues et des fanes de betteraves pour faire de l’aliment pour le bétail.

Et comment fait-on si un agriculteur ne peut pas livrer ses effluents ? Les plaquettes de bois peuvent alimenter une chaudière de secours et 12 hectares sont consacrés à la culture de maïs énergétique.

Une fois l’énergie extraite, il reste le digestat qui retourne sur les champs.

Quel bel exemple de système cohérent et d’économie circulaire ! A reproduire pour utiliser tout le potentiel wallon de déchets agricoles et prendre ainsi l’exemple du Danemark, de la Suède, de l’Islande ou de l’Allemagne qui ont depuis longtemps fait le choix des réseaux de chaleur.

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Les questions et interpellations du secteur

Après la visite des installations de Cinergie et des écoles bénéficiaires du réseau, le Cluster TWEED (Technologie Wallonne Energie – Environnement et Développement durable), qui rassemble plus d’une centaine d’entreprises actives dans le secteur de l’énergie durable, piloté par M. Cédric Brüll, a organisé un débat avec les principaux acteurs du secteur.

La Belgique est en retard sur ses voisins en matière de réseau de chaleur, victime de la mauvaise image liée à des projets anciens mal conçus et mal entretenus (Châtelet, Charleroi….). Pourtant, en Europe, de nombreuses réalisations ont vu le jour grâce à une technologie qui a entretemps considérablement évolué.

L’enjeu des prochaines années va être d’harmoniser et d’optimaliser les nombreuses aides publiques et privées liées à ce secteur. Ainsi, la prime énergie pour le raccordement est plafonnée à 100 000€, ce qui est intéressant pour les petites unités mais insuffisant pour les grosses. Il serait utile au secteur d’augmenter le plafond en le liant à des critères d’efficacité. Il existe un très bon système d’aide à l’installation (audit, étude de faisabilité …) mais qui n’est pas accessible à des groupements de citoyens qui voudraient porter ce genre de projet. Il n’y a pas de valorisation de la chaleur verte via les certificats verts, si ce n’est lorsqu’elle est couplée à un système de cogénération. Or, dans bien des cas, il faudrait avant tout valoriser la chaleur indépendamment de l’électricité.

Il est désormais indispensable de planifier ce type de projets pour les intégrer dans de grands travaux de voirie. Exemple : profiter des travaux pour le tram à Liège pour installer un réseau qui alimente les commerces, les écoles, les musées …

Enfin, il existe un conflit d’intérêt dans le chef des communes et des intercommunales qui sont propriétaires des réseaux de gaz ce qui leur rapporte beaucoup d’argent… pour le moment ! Alors que le réseau de gaz est spécifique et totalement lié au devenir de cette énergie fossile, le réseau de chaleur est, quant à lui, multi-sources et permet de valoriser de la biomasse ou de la géothermie.