Clés pour agir

De même qu’il faut se donner quelques angles de vue pour renouveler notre regard  politique, nous avons besoin de renouveler notre façon d’agir.

Nous pointons cinq règles.

1. Agir en circuit court

Au fil des décennies, les distances se sont allongées dans nos vies : nous allons de plus en plus loin à l’école, pour travailler, en vacances ; nos repas et nos roses viennent du bout du monde. Si cela avait un sens à une époque, cela ne se justifie plus de la même manière. Car les coûts humains, économiques et écologiques de ce système sont énormes.

Nous devons donc donner la priorité à ce qui peut se faire à proximité de chez soi, en boucle courte : aller voir le médecin du quartier ou du village avant d’aller à l’hôpital plus éloigné, manger la pomme du verger voisin avant celle de Californie… Cela implique de modifier certains choix personnels, de recréer des relations humaines et économiques ancrées dans un territoire mais aussi de redéployer certains moyens publics autrement.

2. Préférer l’usage à la propriété

Au début du XXe siècle, une maison comptait environ 700 objets ; au début du XXIe, elle en compte 10.000. Or, si nous possédons toutes ces choses, nous nous servons assez peu de la plupart d’entre elles. La voiture est un exemple frappant : le plus souvent, nous y sommes seuls et, le plus souvent, elle est inutilisée devant notre domicile ou notre lieu de travail, d’étude, … Et que dire de nos tondeuses, broyeurs, photocopieurs, appareil à raclette, projecteurs…

Nous pouvons changer notre façon de voir, nous désengluer de l’obsession de la propriété et partager davantage les biens. Si nous sommes prêts à coopérer, c’est tout à fait possible. Cela implique par ailleurs que, par rapport aux usages privatifs, les pouvoirs politiques favorisent certains usages et moyens publics ou collectifs.

3. Favoriser la pluralité et le traitement différencié

Puisque la pluralité est une des forces de l’ensemble du système qu’est la société, et puisque les contextes doivent être mieux pris en compte, il importe de partir de la diversité de situations. Cette approche se trouve déjà dans l’action publique, les impôts étant par exemple proportionnels, les taux de TVA différenciés, les PME et grandes entreprises soumises à des règles différentes en matière de représentations syndicales.

Mais il faut aller plus loin dans la logique de différenciation. La tarification progressive selon la consommation énergétique va dans ce sens. Le financement différencié des écoles en fonction de la population scolaire qu’elles accueillent est une évolution essentielle. En vue notamment de libérer les créativités, on peut aussi penser au taux de charge sociale variable selon l’intensité de main d’œuvre, à élargir la non-pénalisation de l’activité des chômeurs ou retraités à certaines conditions, à instaurer une TVA réduite sur les produits respectueux de l’environnement, …

4. Remplacer la règle par l’objectif et le moyen

Nous sommes, dans certains domaines, saturés de règles et de contrôles dont le sens et l’efficacité ne sont pas toujours évident. Il importe de simplifier un certain nombre de réglementations mais surtout d’orienter au moins autant que normer, de privilégier l’accompagnement destiné à obtenir des résultats au contrôle des moyen utilisés.

Au-delà de la limitation des conduites, l’Etat doit clarifier les objectifs qu’il vise et mettre à la disposition des citoyens et des entrepreneurs des outils pour atteindre ces objectifs.

5. Distinguer rigueur et austérité

La situation financière des pouvoirs publics est gravement problématique et compromet les moyens d’action démocratique de l’État. Il faut donc être absolument rigoureux, efficient et économe avec les moyens publics dont l’utilité de chaque euro dépensé doit être évaluée.

Mais il faut aussi refuser une austérité imbécile qui consiste à réduire les moyens de façon générale, en aggravant les maux dont souffre la société et en stérilisant notre capacité d’investissement dans des politiques publiques d’avenir. Des économies structurelles restent possibles dans certaines institutions publiques en Wallonie (pensons aux provinces ou à certaines intercommunales) mais d’autres secteurs manquent cruellement de moyens.

Ne pas se soigner, c’est payer plus cher plus tard la dégradation de notre santé. Ne pas entretenir notre patrimoine, c’est alourdir notre endettement. Ne pas investir aujourd’hui dans l’enseignement et la transition écologique de l’économie, c’est rater le tournant du futur..

Or, la richesse produite en Belgique n’a cessé de croître et sa répartition est de plus en plus inéquitable. Pour produire de la justice sociale, il faut commencer par appliquer une véritable justice fiscale assurant une conribution équitable de l’ensemble des revenus de l’ensemble des citoyens.

 


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