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Commerce à Ciney

La commune n’a pas besoin d’un nouveau centre commercial mais bien d’une gestion dynamique du centre-ville ! Ce mercredi soir, la locale ECOLO de Ciney proposait une rencontre, ouverte à tous, sur le thème de l’avenir des commerces dans notre commune.

Le Club des commerçants de Ciney était représenté par Maryse Davin tandis que Jean-Luc Calonger, Président de l’Association du Management de Centre-ville (AMCV)(1), apportait un éclairage intéressant sur la dynamisation des centres-ville en Wallonie et ailleurs.

Le commerce au centre de Ciney se porte mal. C’est également vrai dans d’autres communes du même gabarit de la région. Et ce n’est pas neuf.

Mais c’est évidemment le projet d’aménagement du zoning de Lienne afin d’y installer du commerce qui nous a incité à provoquer cette rencontre avec les commerçants.

Dans le cadre de ce dossier, la position du Collège communal est de ne pas remettre d’avis sur le permis d’urbanisme sollicité. Rappelons ici que quand un Collège communal ne rend pas d’avis au cours de la procédure, celui-ci est formellement réputé favorable. Une bonne manière donc de favoriser la poursuite du projet sans trop se mouiller.

Or, les investisseurs, quels qu’ils soient, ont besoin d’orientations politiques claires.

Dans ce contexte, ECOLO Ciney s’oppose fermement à la création d’un nouveau centre commercial périphérique qui fragiliserait davantage encore les commerces du centre-ville, déjà en difficulté. ECOLO estime que le Collège cinacien ne peut pas tenir un double discours : prétendre défendre les commerces du centre-ville, d’une part, et accepter le principe du développement d’un nouveau centre commercial à l’extérieur de la ville, d’autre part.

Le constat dressé par Jean-Luc Calonger est en effet très clair: la présence d’enseignes en périphérie d’une ville amène automatiquement un déclin dans le centre. « Sur des dizaines de villes, l’AMCV effectue des relevés annuels des cellules commerçantes. A périmètre constant, dès qu’une situation indique une augmentation des cellules vides, on observe systématiquement une relation entre ce phénomène et le développement d’une activité commerciale en périphérie ou en péricentre. »

Finance et spéculation

Au global, les investissements dans des centres commerciaux qui se sont multipliés depuis 20 ans en Wallonie procèdent d’une logique purement financière, voire spéculative, et n’aboutissement objectivement pas à une réelle création d’emplois mais à leur simple déplacement temporaire. In fine, outre la désertification des centres urbains, des chancres apparaissent en périphérie de ceux-ci.

Comme d’autres, le projet d’aménagement du zoning de Lienne est davantage un projet financer et immobilier qu’un projet commercial.

« Pourquoi un promoteur crée-t-il un centre commercial ? questionne Jean-Luc Calonger. Pas pour créer du commerce ou de l’emploi ! L’objectif du promoteur, est de créer des loyers commerciaux, et vendre son retail park au prix marché. »

« Dans un projet comparable à celui imaginé actuellement sur le zoning de Lienne, pour un bâtiment vendu 12 millions d’euros, un promoteur pourrait engranger entre 6 et 8 millions de bénéfice. Un rendement sans comparaison possible avec les produits financiers proposés actuellement. Et, pour atteindre leurs objectifs, des promoteurs n’hésitent pas à proposer aux autorités communales des compensations alléchantes pour leurs villes dont ils précipitent ensuite le déclin. »

N’est-il pas temps pour les communes de retenir les leçons d’expériences maintes fois répétées et de cesser de se soumettre aux sirènes d’investisseurs prometteurs de beaux jours sans lendemain ?

Le rôle des pouvoirs publics

ECOLO Ciney refuse tout fatalisme dans ce dossier. De toute évidence, les autorités publiques doivent reprendre le pouvoir et réguler les implantations commerciales en favorisant une gestion efficace, durable, innovante et cohérente de leurs centres-ville.

Heureusement, pour Ciney, il est encore temps, le seuil critique n’est pas encore dépassé et la ville dispose d’atouts certains :

  • un tissus commercial encore vivant même si trop peu diversifié ;
  • des surfaces commerciales de différentes tailles disponibles au Centre ville ;
  • pas de problématique de parking aigüe. Le taux d’occupation des parkings est de 75-80%.
  • une gare importante ;
  • une renommée de capitale du Condroz liée à à un vrai potentiel touristique ;
  • la place Monseu à déployer comme pôle d’attraction et d’activité…

Pour ECOLO Ciney, la priorité absolue est de développer l’attractivité du centre-ville. Il est impératif de commencer par faire revenir les gens dans le centre avant, ensuite, de transformer le passant en client. C’est là le job des commerçants !

Comment ? 

Par des aménagements adéquats (la Place Monseu notamment), par des animations et par le développement d’une identité propre au centre de Ciney.

Il est nécessaire à cette fin de mettre en place une vraie force de travail, un gestionnaire de centre-ville, regroupant les énergies disponibles, politiques, commerciales, associatives. Des partenariats publics/privés, par exemple avec des banques et des propriétaires peuvent être envisagés pour réaliser des opérations d’aménagement urbain.

Plus précisément, et nonobstant ce nécessaire management global, ECOLO Ciney encourage vivement la majorité à percevoir effectivement les taxes sur les surfaces commerciales et les logements inoccupés afin de contrer l’augmentation des loyers.

De même, les propriétaires des cellules vides devraient systématiquement être recontactés pour trouver des pistes adaptées aux différentes situations.

Il est urgent que les autorités compétentes se mettent en projet pour différencier Ciney des villes voisines plutôt que de vouloir les copier.

En ce sens, il est utile de rappeler qu’une étude sur le commerce cinacien fut réalisée il y a 6 ans par le professeur Legrain. Certains éléments d’analyse et des pistes de travail contenues dans son rapport doivent inspirer notre action aujourd’hui.

Et ici encore, les expériences menées ailleurs doivent être valorisées. En clair, les conclusions de l’AMCV sont sans appel : les mesures aboutissant à un saupoudrage d’aides sont totalement inutiles et gaspillent les deniers publics.

L’efficacité politique impose de définir des priorités de localisation et de types de commerce et d’activité afin de concentrer le soutien public. Tout le contraire d’une logique de cadeaux généralisés…

ECOLO Ciney poursuivra en tous cas son travail de propositions avec cette certitude : en collaborant avec l’ensemble des forces en présence, en aménageant correctement l’espace public et en concentrant les moyens de manière plus déterminée vers des objectifs prioritaires, la revitalisation de notre centre ville peut se concrétiser rapidement et bénéficier tant à la dynamique commerciale qu’au mieux-vivre des habitants de Ciney.


(1) http://www.amcv.be