Demain

Créons Demain, ensemble !

Incroyable, l’épopée du film « Demain » ! César du meilleur documentaire, et des entrées approchant le million de spectateurs en France et en Belgique. Même ses auteurs, Cyril Dion et Mélanie Laurent, s’en étonnent : « D’habitude, l’écologie, tout le monde s’en fout ! ». Un tel succès indique que le public du film s’étend bien au-delà des habituels écolos convaincus : un nombre croissant de citoyens ressentent le besoin d’un renouvellement de sens et s’interrogent sur l’avenir de notre planète.

En illustrant qu’un nouveau monde est en marche à travers des solutions concrètes partout dans le monde, ce film nous raconte un nouvelle histoire : on voyage, on imagine, on s’identifie, on s’émeut, on rêve, on applaudit ! Au-delà du buzz, « Demain » génère un formidable sentiment d’enthousiasme et d’espoir, trop rare aujourd’hui ; parce qu’il ouvre un horizon là où on aurait l’impression qu’il n’y a plus d’issue ; parce qu’il montre surtout que chacun d’entre nous détient une parcelle de solution et qu’il n’y a pas de raison d’attendre pour se mettre en marche.

Son succès ne peut que réjouir les écologistes que nous sommes. Il démontre que, sensibilisés et réceptifs, les gens sont prêts à entendre parler de transition énergétique, d’agriculture biologique, de circuits courts, de vivre sans pétrole, de changer d’économie et de système éducatif, de comprendre que tout est lié… Dans les débats en marge des projections, on assiste à la naissance de vocations militantes et de projets collectifs.

De la ceinture alimentaire liégeoise et autres Gasap (groupes d’achat solidaires de l’agriculture paysanne) aux projets d’agriculture urbaine bruxelloise, des banques alternatives aux monnaies complémentaires locales, des Ressourceries aux Donneries, des associations cyclistes aux voitures partagées, en passant par le G1000 et les coopératives citoyennes éoliennes, des centaines d’initiatives mises en place ces dernières années créent des alternatives concrètes. D’abord isolées, puis de plus en plus rassemblées dans un mouvement qui fait aussi bouger les consciences et notre imaginaire. Le film « Demain » leur offre une belle reconnaissance et les inscrit dans une histoire qui ne fait que commencer. Et dans laquelle les responsables politiques ont un rôle capital à jouer.

Ceux, dont nous sommes, qui travaillent à la transition écologique de nos sociétés ont la chance de pouvoir s’appuyer sur ces initiatives, les accompagner et les amplifier. Il s’agit de les renforcer, sans les récupérer, pour leur permettre de se déployer à grande échelle et d’inspirer de nouvelles politiques publiques.

Le défi politique, c’est aussi de renforcer la co-construction démocratique dont « Demain » vante l’urgence. Il est donc nécessaire que les « acteurs de « Demain » » ne se désintéressent pas de la politique par lassitude de ne voir rien bouger au niveau « macro-politique » quand eux se sont mis en mouvement concrètement. Les pouvoirs publics de tous les niveaux peuvent être déterminants pour initier ou renforcer ces projets : citons le « zero waste » de San Francisco et la mobilité douce de Copenhague évoqués dans le film mais aussi, chez nous, les Alliances Emploi-Environnement que nous avons menées en Wallonie et à Bruxelles dans les domaines de l’énergie et de l’alimentation.

La politique semble souvent bien compliquée et figée. Il n’empêche, la diversité apportée par les monnaies complémentaires ne permettra pas de maîtriser le système financier sans une régulation publique forte pour brider la cupidité de la finance ; la mobilité douce ne pourra être une réalité quotidienne sans une autre approche de l’aménagement du territoire ; la révolution énergétique portée par les coopératives citoyennes deviendra le moteur de notre transition si l’Etat décide vraiment de fermer nos vieilles centrales nucléaires fissurées ; les circuits alimentaires courts basés sur des pratiques agro-écologiques ne se généraliseront que si l’UE cesse de subsidier massivement une agriculture industrielle dévastatrice pour l’environnement et si le TTIP devient un acronyme enterré dans les oubliettes de l’Histoire… Nous pourrions multiplier les exemples.

Dans un entretien récemment accordé au magazine Reporterre, le réalisateur Cyril Dion explique vouloir poursuivre son travail en s’intéressant aux possibilités de rassemblement politique au service de la généralisation des initiatives de transition écologique conviviale. Il faut que l’on comprenne, dit-il, que changer la démocratie, c’est aussi important que changer l’agriculture, réinventer nos modes de productions énergétiques ou notre modèle économique. Cela va ensemble. Changer la démocratie, c’est aussi remettre la chose politique au plus près des gens et leur rendre le pouvoir… L’enjeu collectif est bien là : partager le pouvoir, nous donner la capacité de voir où nous avons envie d’aller et créer, ensemble, les outils pour y parvenir.

De quoi « Demain » est-il le nom ? De l’alignement des engagements individuels et collectifs, de cette alliance à construire entre les acteurs du changement du terrain local et les militants et responsables politiques élus dans nos institutions démocratiques. Ce sont d’ailleurs parfois les mêmes hommes et femmes, animés des mêmes élans.

Les citoyens ont souvent l’impression que le pouvoir leur échappe, qu’il est accaparé par les grandes entreprises ou ankylosé dans les États. Mais nous pouvons le reprendre en main, chaque matin. Nous en avons beaucoup plus que nous ne l’imaginons ! Et quand nous l’exerçons ensemble, nous devenons capables de refaire le monde. « Demain » rtaconte une histoire pour ce siècle à réinventer. Demain, c’est aujourd’hui !

Une opinion parue La Libre : http://www.lalibre.be/debats/opinions/creons-demain-ensemble-56e01a3835702a22d5333425

Tout savoir sur Demain, le film : http://www.demain-lefilm.com/

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