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Epidémie de Coqueluche et couverture vaccinale : Quelques réponses et beaucoup de questions…

Il y a quelques semaines le rapport « Epidémie de coqueluche en 2013 en Belgique », publié par la Fédération Wallonie-Bruxelles évoquait la recrudescence de la coqueluche dans notre pays et appelait à renforcer la couverture vaccinale de la population. Selon les autorités l’augmentation observée du nombre de cas de coqueluche semblait même liée à la diminution du taux de vaccination.

Répondant à quelques questions que je lui ai adressé à ce sujet, la Ministre de la santé de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Fadila Laanan ouvre surtout de nouvelles interrogations sur la fiabilité des informations utilisées.

Y a-t-il une épidémie de coqueluche ?

La Ministre nous confirme tout d’abord qu’actuellement, « il n’est pas possible de distinguer la partie « réelle » de l’augmentation de la prévalence de la coqueluche de celle qui résulte d’une amélioration des systèmes de surveillance. »

Mais surtout, le graphique ci-dessous, montre que le nombre de cas de coqueluche chez les enfants de moins d’un an en Belgique est moitié moindre en 2012 par rapport à 2007. La prévalence de la coqueluche évolue avec des haut et des bas et si elle a recommencé à croître entre 2011 et 2012, c’est après une forte diminution entre 2007 et 2011.

Peut-on considérer cette augmentation sur une période de 2 ans comme une épidémie inquiétante ou s’agit-il d’une évolution, certes problématique, mais inscrite dans les variations cycliques observées sur une période longue ? Il serait utile pour en juger de disposer d’information antérieure à l’an 2000 ?

Et surtout, qu’est-ce qui permet aux autorités d’affirmer qu’elle serait liée à une diminution de la couverture vaccinale sur cette même période ? La diminution du nombre de cas entre 2002 et 2003 puis entre 2007 et 2011 pouvait elle s’expliquer par une meilleure discipline vaccinale ces années-là?

Coqueluche

Quel est l’impact réel de la vaccination ?

L’analyse de certains chiffres communiqués par la Ministre est difficile.

Ainsi, il est dit que parmi les enfants de moins d’un an ayant souffert de la coqueluche, 74% n’avait reçu aucune dose vaccinale mais aussi que si l’on considère les enfants âgés de 2 mois à 5 ans, parmi les déclarations de cas en 2013, l’information concernant la vaccination n’était disponible que pour 40 enfants sur 83 et que les données sur la vaccination n’ont dès lors pas pu être exploitées…

La Ministre rappelle néanmoins que le risque de développer une coqueluche serait dix fois plus important lorsque les enfants ne sont pas correctement vaccinés.

En fait, ce qui apparaît clairement dans la réponse de la Ministre de la santé, c’est que le plus grand nombre de cas de coqueluche déclarés se trouve chez les bébés d’un mois, soit avant la première dose de vaccin, ce qui explique probablement le chiffre de 74 % ci-dessus.

Nul doute qu’une coqueluche chez un bébé peut avoir des conséquences particulièrement grave. Mais ce constat amène lui aussi sont lot de questions :

  • la conclusion des autorités amène-t-elle a promouvoir une vaccination plus précoce ? Avant l’âge d’un mois ? C’est à dire à un moment où le système immunitaire de l’enfant est encore largement immature ? Ou postulent-elles simplement qu’une meilleure couverture vaccinale de la population protégera d’office les nouveaux-nés du contact avec Bordetella pertussis ?
  • l’Administration de la Fédération Wallonie-Bruxelles ne dispose pas semble-t-il d’information relative à l’évolution de l’âge moyen des enfants touchés par la coqueluche sur une période remontant à l’origine des campagnes généralisées de vaccination. Il serait pourtant intéressant de savoir ce qu’il en est du nombre de bébé touchés par une maladie qui traditionnellement concernait des enfants plus âgés. En clair, l’âge moyen auquel un enfant est touché par la coqueluche diminue-t-il et, si oui, pourquoi ? La question est d’autant plus importante qu’un bébé est naturellement plus fragile et, de facto, non vacciné. Une hypothèse pour expliquer ce qui précède pourrait être une diminution du niveau de protection du nourrisson par l’immunité transmise par sa mère. Ce qui invite à questionner la « qualité » de l’immunité conférée par le vaccin comparativement à celle qui est induite par la maladie et ce, d’autant plus, qu’émergent par mutations génétiques de nouvelles souches de Bordetella pertussis.
  • si une majorité de cas de coqueluche est chez nous observée chez des bébés qui ne peuvent encore avoir été vaccinés, la question scientifique et médicale la plus essentielle serait de connaître les facteurs favorisant ou prévenant la maladie chez ceux-ci, de façon à pouvoir agir efficacement via de véritables mesures de prévention.

Enfin, il est une question parmi d’autres à laquelle la Ministre ne répond pas : comment expliquer que, selon le rapport de son Administration, la moitié des enfants touchés par la coqueluche soient des enfants vaccinés contre la maladie…

Bref, les réponses toutes faites, surfant sur un a priori de bon sens et la crainte de la maladie, ne suffisent pas à convaincre que la priorité donnée à la généralisation de la couverture vaccinale contre la coqueluche soit une véritable source d’amélioration systémique et durable de notre santé. Nonobstant la question des effets secondaires non abordées ici, des données plus précises et des analyses coûts-bénéfices mieux étayées seraient bienvenues…


Retrouvez ici ma question parlementaire de mars 2014 sur L’évolution de la prévalence de la coqueluche en Fédération Wallonie-Bruxelles, ainsi que la réponse de la Ministre.

D’autres échos de mon travail parlementaire relatif aux vaccins en suivant le lien suivant.