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Au revoir Madiba !

Nelson Mandela, décédé ce 5 décembre, était un géant comme notre humanité n’en produit que quelques-uns chaque siècle.
Nous saluons aujourd’hui la mémoire de cet homme avec qui chacun d’entre nous est probablement relié par des émotions  et des souvenirs personnels.

Mandela a d’abord été et est toujours resté un militant, engagé avec de nombreux autres dans la lutte contre un des régimes les plus abjects qu’ait engendré le 20ème siècle, l’apartheid en Afrique du Sud. Son engagement était avant tout celui de la justice et de l’équité des droits entre noirs, métis, indiens et blancs de son pays. Ce combat l’a amené à passer 27 années de sa vie en prison. 27 ans, une vie de tortures, de travaux forcés.

Malgré -peut-être aussi avec- la force de ses années de bagne, Mandela eut la capacité de dépasser les peurs, les haines, les rancoeurs ; les siennes et celles qui opposaient les communautés de son pays, pour faire des ennemis d’hier des partenaires, pour construire la paix.
Il y a cru, il a réussi : à faire se parler ceux qui se combattaient, à insuffler l’espoir, à fonder cette nation arc-en-ciel qu’il voulait en paix avec elle-même et avec le monde.

Premier président noir d’Afrique du Sud, Nelson Mandela est progressivement devenu une conscience pour toute l’Afrique, armé de cette conviction :

« Je ne suis pas vraiment libre si je prive quelqu’un d’autre de sa liberté.
L’opprimé et l’oppresseur sont tous deux dépossédés de leur humanité. »

Il a ainsi incarné très intimement la philosophie de l’Ubuntu :

« Je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous ».

Mandela a peut-être pardonné mais il n’a jamais oublié.
Il a voulu construire une nouvelle société, et l’objectif de la Commission Vérité et Réconciliation chargée de faire la lumière sur la responsabilité des crimes du temps de l’apartheid était celui-là : permettre à chacun de redevenir humain.

« Seuls les hommes politiques qui gardent les bras croisés sont à l’abri des erreurs »,

disait-il. Au-delà de son bilan politique, ce qui rend Mandela si exceptionnel, c’est aussi l’extraordinaire profondeur de son humanité, ancrée dans une spiritualité lumineuse, reliant l’action et la poésie.

Si vous ne les connaissez pas, je vous invite à lire ses textes, dont ceux qu’il écrivit en prison ; des textes splendides, qui touchent au plus profond, là où, comme disait Paul Ricoeur, les distances se raccourcissent ; des textes empreints d’une poésie qui magnifie la beauté, la fragilité et en même temps l’immense puissance de l’être humain. De cette poésie aussi, je pense que notre monde a grand besoin aujourd’hui.

A l’heure où les racismes, les stigmatisations et les discriminations entre communautés reprennent du poil de la bête, où survivent ou germent d’autres apartheid, rappelons-nous aussi, comme un appel à la vigilance, que l’unanimité actuelle ne fut pas toujours telle : il se trouvait, il n’y a pas si longtemps, ici comme ailleurs, des personnes et des partis pour considérer Mandela comme un terroriste et l’apartheid comme un «moindre mal ».

Le message de Mandela n’est pas un appel à la célébration d’un combat passé mais une exhortation et une inspiration pour nos actions d’aujourd’hui. Chacun mettra derrière le mot « Dieu » qu’utilise Mandela, le sens qui convient à ses propres convictions. Mais assurément, cette invitation, extraite du discours d’investiture à la république prononcé en1994 résonne aujourd’hui :

« Notre peur la plus profonde n’est pas que nous ne soyons pas à la hauteur. Notre peur la plus profonde est que nous sommes puissants au-delà de toute limite. C’est notre propre lumière et non notre obscurité qui nous effraye le plus.

Nous nous posons la question : « Qui suis-je moi pour être brillant, radieux, talentueux et merveilleux ? »

En fait : « Qui êtes-vous pour ne pas l’être ? ».

Vous êtes un enfant de Dieu. Vous restreindre, vivre petit ne rend pas service au monde.

Nous sommes nés pour rendre manifeste la gloire de Dieu qui est en nous. Elle ne se trouve pas seulement chez quelques élus : Elle est en chacun de nous, et, au fur et à mesure que nous laissons briller notre propre lumière, nous donnons inconsciemment aux autres la permission de faire de même.

En nous libérant de notre propre peur, notre présence libère automatiquement les autres. »

A l’heure où les racismes, les stigmatisations et les discriminations entre communautés reprennent du poil de la bête, chez nous comme ailleurs, je fais le vœux que l’esprit et l’exemple de Madiba puissent nous inspirer nombreux et longtemps.

En amitié avec le peuple d’Afrique du Sud.