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La grève dans les prisons entraîne de graves atteintes aux droits des enfants

Appel urgent aux Ministres Geens, Demotte et Madrane !

La situation dans les prisons est dramatique. Ce n’est pas neuf et la grève des agents pénitentiaires qui dure depuis plus d’un mois est à mes yeux légitime et compréhensible. Ses conséquences sont désastreuses pour la dignité et les droits fondamentaux des détenus. On le sait. Mais la prolongation de cette grève entraîne également des conséquences totalement intolérables pour les milliers d’enfants dont un parent est incarcéré.

En Belgique, 15.000 à 20.000 enfants subissent l’incarcération d’un parent. Les statistiques révèlent que 30% des enfants de détenus connaîtront à leur tour des problèmes de délinquance menant à la prison. Ces enfants sont les victimes innocentes et oubliées d’un système pénal aveugle et d’une politique pénitentiaire nocive pour la société.

Concrètement, des milliers d’enfants sont donc privés depuis des semaines des visites et du contact avec leur parent détenu ; se trouvent dans la quasi impossibilité de recevoir un appel téléphonique de leur papa, de leur maman, ou même d’échanger par courrier. Des enfants, parfois très jeunes, qui ne comprennent pas, qui angoissent, qui souffrent de la rupture d’un lien d’attachement essentiel à leur développement psycho-affectif. Cette rupture relationnelle qui s’ajoute à la honte et, souvent, aux difficultés sociales, peut laisser des traces durables et graves sur les enfants, sur leur avenir et donc aussi sur l’avenir de toute la société.

Dans les prisons, il y a aussi les bébés et enfants de moins de 3 ans qui subissent avec leur maman des conditions de vie terriblement inadaptées. Ceux-là, dans le contexte de tension actuel, confinés en cellule, encourent aujourd’hui des risques intolérables pour leur sécurité et leur santé.

Les conséquences de la grève des agents qui se prolonge constituent indubitablement une atteinte inacceptable à la Déclaration internationale des Droit de l’Enfant qui mentionne en son article 9 : «  Les états parties respectent le droit de l’enfant séparé de ses deux parents ou de l’un d’eux, d’entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents, sauf si cela est contraire à l’intérêt de l’enfant ».

Le gouvernement fédéral doit dès lors tout faire pour dégager une sortie de crise en s’inscrivant dans une nouvelle vision de la politique pénitentiaire, intégrant les projets d’établissements adaptés aux besoins des enfants tels que les maisons « mère-enfant » proposées depuis des années par l’ONE et favorisant le maintien des liens familiaux lors d’une incarcération en améliorant les conditions de visite.

Mais à très court terme déjà, l’obligation morale et légale de respecter les Droits de l’Enfant justifie que le Ministre de la Justice envisage des mesures exceptionnelles pour assurer la possibilité pour les enfants d’entretenir régulièrement des relations personnelles avec leurs parents. Il pourrait par exemple : a) réexaminer la situation familiale des parents en détention préventive et libérer – éventuellement sous conditions – prioritairement certains parents de mineurs ; b) proposer via des procédures accélérées le recours à des modalités d’exercices de la peine à domicile (bracelet électroniques…), des libérations conditionnelles ou des congés pénitentiaires de courte durée pour les détenus parents de jeunes enfants ; c) étudier en urgence, avec les associations spécialisées (Relais Enfants-Parents, CODE, Service d’aide aux détenus, Croix-Rouge…) et les directions d’établissement, la possibilité d’assouplir les règles relatives aux visites des familles. Actuellement, les rares visites sont rendues possibles par l’engagement admirable des directions des prisons…

Toutes les pistes doivent être envisagées pour libérer les enfants des conséquences de cette grève et les préserver des tensions qui surviendront dans les prisons lorsque les agents pénitenciers reprendront leur travail.

Je demande donc avec gravité au Ministre fédéral de la Justice – également compétent pour les Droits de l’Enfant… – de prendre concrètement en compte l’intérêt supérieur des enfants et le respect de leurs droits élémentaires en permettant le rétablissement du lien entre les parents détenus et leurs enfants.

Je demande également au Ministre-Président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte – en charge des Droits de l’Enfant – et au Ministre Rachid Madrane – en charge de l’Aide à la jeunesse, des Maisons de Justice et de l’Aide aux justiciables – de sortir de leur silence et de prendre toutes les initiatives utiles, via ses services, les acteurs de terrain de Wallonie et de Bruxelles, via le Comité de concertation avec le niveau fédéral, et en mettant la pression sur le Ministre de la justice.

Les conditions de travail des agents pénitentiaires, intrinsèquement liées aux conditions de vie des détenus, justifient largement que le gouvernement fédéral sortent de son mépris et renonce aux économies linéaires détachées des réalités du terrain. Mais s’il fallait une raison supplémentaire de changer de cap, la voici : la Déclaration internationale des Droits de l’Enfant, signée et ratifiée par la Belgique, impose d’agir, nous impose d’agir sans délais au nom de nos obligations et responsabilités fondamentales à l’égard des enfants de notre pays, de leur innocence, de notre avenir…