Menuiserie Martin 2

A la rencontre des acteurs de la filière bois à Bièvre

Du transport des grumes à la découpe en scierie jusqu'à la fabrication des châssis, Patrick Dupriez, Président du Parlement Wallon et Georges Gilkinet, Député fédéral, accompagnés de mandataires régionaux et locaux ont visité ce vendredi des entreprises de la filière bois implantées dans la commune de Bièvre.

Les trois entreprises visitées, les Ateliers Léonet, la scierie de Graide et la menuiserie Martin sont toutes les trois des entreprises familiales, implantées depuis plusieurs générations dans la commune.

Malgré une demande importante émanant des secteurs de la construction et de la valorisation énergétique de la biomasse, ces entreprises ressentent les effets de la crise.

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Ainsi, les Ateliers Léonet, spécialisés dans la fabrication de remorques pour le transport de grumes, n'occupent plus que 13 personnes alors qu'ils étaient 40 dans les années ‘70. Ils sont pourtant aujourd'hui les seuls en Belgique à fabriquer des grumiers sur mesure, en fonction de l'activité spécifique du transporteur. La configuration des remorques (nombre d'essieux, emplacement de la grue) est différente suivant les essences et dimensions des bois transportés. La fabrication d'une seule remorque nécessite 600 à 650 heures de main d'oeuvre ! L'entreprise se distingue par son savoir faire très spécifique.

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Pour expliquer cette baisse d'activité, M. Léonet, par ailleurs bourgmestre de Daverdisse évoque

  • la délocalisation : les gros clients n'ont pas le souci d'acheter local.
  • le manque de contrôle : les conducteurs ne respectent pas les temps de conduite et les limites de charge. S'ils le faisaient, il faudrait davantage de camions et de remorques en circulation. Pour M. Léonet, la solution pourrait se trouver dans la rédaction de cahiers des charges incluant des normes de localisation et dans le renforcement des contrôles.

Monsieur Léonet évoque aussi la pression de plus en plus importante sur la ressource bois. Le prix des résineux est ainsi remonté à 60 à 80€/m3. La situation est plus problématique pour le feuillu qui ne vaut plus que 40 à 50€/m3 ; la survie des scieries de feuillus wallonnes est de plus en plus précaire.
De son avis, il faudrait une véritable volonté politique de replantation, en se donnant les moyens nécessaires pour atteindre ces objectifs, que ce soit dans le chef des communes ou de la DNF.

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A la menuiserie Martin, malgré une spécialisation dans la fabrication de châssis, le patron est fier de se dire menuisier général et donc capable de réaliser toutes les demandes d'une clientèle soucieuse d'originalité. Ici encore, le caractère familial de l'activité est très présent. Une entreprise qui perd son artisanat perd son âme, nous dit Didier Martin. Gauthier, son jeune fils de 23 ans, diplômé du centre de formation bois de Libramont, se prépare activement à reprendre l'entreprise et est déjà très au fait des tenants et aboutissants de l'activité.

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La Région wallonne compte 280 menuiseries dont 5 grosses entreprises dont fait partie la menuiserie Martin. 80% des chassis sont destinés à la rénovation. Le bois utilisé provient de l'étranger : Dark Red Meranti, afzélia, mélèze de Sibérie, chêne. Les bois produits en Belgique ne présentent généralement pas les qualités requises pour la fabrication de chassis. Après usinage, ce n'est que 35% du volume de bois qui se retrouve effectivement utilisé dans les chassis. Toutes les chutes sont récupérées pour chauffer les presses des usines à pellets. Les vitrages sont fournis par la firme St-Gobain dans son implantation de Charleville-Mézière.

La menuiserie dispose également d'un atelier de peinture dont les finitions sont garanties 10 ans. La sécurité est poussée dans les ateliers : tous les ouvriers ont leurs mains intactes ! Et Didier Martin tient beaucoup à ce que règne au sein de son entreprise un climat serein, dans lequel chacun se sente responsable de la qualité des produits.

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La scierie de Graide, gérée elle aussi de façon familiale depuis 3 générations, scie un volume de résineux (80% d'épicéa et 20% de douglas) de 250 m3/jour en employant 15 personnes. Seulement 50% du bois sera valorisé en poutres et planches, les 50% de chutes étant triés en sciures pour la fabrication de pellets et copeaux pour la fabrication de panneaux MDF. Actuellement, la demande est telle pour ces produits connexes que certains bois valables pour la construction finissent broyés.
La pression sur la filière est d'autant plus importante qu'une partie importante de nos grumes partent à l'exportation, en particulier en Chine. Par ailleurs, une toute grosse scierie de la région fait procéder à des mises à blanc alors que l'ensemble des arbres n'a pas atteint sa maturité. Une vigilance particulière sera nécessaire pour ne pas entamer le capital forestier et veiller à sa bonne gestion et son renouvellement.
La scierie de Graide jouxte le chemin de fer mais malheureusement le transport des grumes se fait exclusivement par camions, la SNCB n'offrant pas suffisamment de souplesse d'utilisation et de fiabilité.

Les directeurs d'entreprises que nous avons rencontrés ont initié, avec le soutien des intercommunales de développement économique BEP et IDELUX, un club d'entrepreneurs commun aux provinces de Namur et du Luxembourg, le C2P (club des 2 provinces). Ce club compte 80 entrepreneurs, dont 14 fondateurs, répartis sur 11 communes dans un “bassin de vie” cohérent.
A travers des conférences et des rencontres, leur objectif est de partager leurs expériences et ainsi de développer leurs réseaux respectifs.
Quelques messages ont été envoyés aux représentants politiques :
- Difficulté de trouver une main d'oeuvre qualifiée et motivée
- Interdire la mise à blanc de jeunes bois et veiller à la replantation
- Limiter l'export de grumes vers l'étranger
- Avoir une équité au niveau des normes sociales et environnementales par rapport à des pays tiers de façon à éviter la concurrence déloyale et mettre tout le monde sur le même pied.

La délégation d'ECOLO a pris bonne note de ces préoccupations et les relaiera dans les différents niveaux de pouvoir concernés.

Compte rendu des visites dans l'Avenir du samedi 2 novembre 2013.