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Le blues des politiques au temps de la transition

Le blues, c’est souvent triste. Écoutez voir Bessie Smith, Big Maybelle ou Billie Holliday. Franchement… Le blues, c’est tellement triste qu’aujourd’hui même les psychanalystes et les traders dont les bonus ont été limités ne l’écoutent plus ; c’est dire. Mais nous, mandataires politiques progressistes et régionaux, ça nous arrive encore d’avoir le blues. Ca ne fait peut-être pas très sérieux de dire ça, pas très viril, pas très « je vais tout vous arranger, ne vous inquiétez pas… ». Mais c’est vrai. Les temps changent, la transition écologique est en cours et nous sommes parfois un peu perdus, désemparés.

Le blues, c’est une musique d’esclaves. N’arrive-t-il pas que nous nous sentions esclaves ? de notre électorat, des médias, du calendrier, des marchés, de nous-mêmes,… Nous sommes là, à peiner dans les champs de flonflon, alors qu’une poignée de multinationales, de chefs de grands États et de hauts fonctionnaires internationaux prennent des décisions que nous subirons, comme tout le monde.

Heureusement, il y a là, dans le pré d’à côté, les enfants qui jouent, la génération future avec sa formidable créativité, sa joie, sa liberté, ses rires et son temps pour rêver : tous ces projets alternatifs, ce jardin collectif sur un toit de bibliothèque, cet habitat groupé, cette voiture partagée, ce panier acheté directement à la ferme pour renouer avec la bonne chère et le contact avec celui qui  la rend possible, cette fête dans le verger, ces monnaies complémentaires, cette « blue économy » qui germe dans leur imagination…

Difficile d’être entre les deux, entre la grosse caisse et la trompette fantasque, le macro et le micro, le passé et l’avenir. Pourtant… Le blues, c’est une formule très simple : 16 mesures, trois accords respectant toujours les mêmes intervalles, le même ordre. Mais on peut varier à l’infini les tons, les rythmes, les instruments et composer plein de choses qui marchent toujours ! Pour les responsables politiques, c’est un peu pareil : nous devons trouver la bonne formule pour agir au temps de la transition.

Pour qu’il y ait transition, il faut trois étages à notre véhicule.

D’abord, un étage du dessus : un cadre idéologique, pratique, compatible avec l’idée de changement. On l’a. Même chez les grands de ce monde, on sait que la planète ne tiendra plus à ce rythme, et qu’il va falloir repartager.

Ensuite, un laboratoire du dessous : une densité d’expériences qui permettent de trouver des idées neuves, des moyens inconnus, des types de relations auxquelles on ne pensait pas ou plus.

Et puis, des facilitateurs. Des gens qui font le lien entre les deux niveaux, qui utilisent les moyens du dessus pour protéger ou encourager les explorateurs du dessous. Et c’est ça notre rôle, le rôle  de ceux qui s’engagent en politique avec la conviction que nous devons changer notre façon d’habiter ensemble notre Terre-patrie.

C’est cette posture que nous devons développer. Encore trop souvent aveuglés par nos chaînes, nous devons nous libérer, abandonner les champs et créer des clubs de blues.

Au fait, les clubs de blues ne sont-ils pas devenu des clubs de jazz ?

Et le blues n’a-t-il pas aussi donné naissance au rock ?

Au fait, n’a-t-il pas finalement engendré toute la musique populaire du XXème siècle ?

Et au fait, le XXIème, l’avenir, ne serait-il pas devant nous ? Entre nos mains ? Nos oreilles ?

Écoutons voir…

 

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