Le climat, c’est la santé !

 

L’avenir de la Planète ne mobilise pas ? Choisissons de vivre mieux ici et maintenant !

think green site« Sauver la planète », lutter contre les dérèglements climatiques, protéger les populations les plus vulnérables qui en sont déjà dramatiquement victimes dans les pays du Sud, contrecarrer l’inéluctable montée des océans, préserver l’environnement pour les générations futures… tout cela semble lointain, voire théorique, aux yeux de beaucoup d’entre nous ! Pourtant, agir pour climat, c’est fondamentalement et immédiatement améliorer notre santé et la possibilité de vivre mieux pour nous et plus encore pour nos enfants.

On le dit peu, le changement climatique, c’est une panoplie de risques sanitaires.
Les modifications des conditions atmosphériques et océaniques entraînent des conséquences en cascade sur la fréquence, l’intensité et la répartition des aléas naturels, sur les ressources naturelles (eaux, sols…) et sur toutes les activités humaines, en particulier en termes de santé.

Au niveau européen, les dérèglements climatiques pourront, par exemple, se traduire par :
– une augmentation de la mortalité lors de périodes caniculaires et des pics de pollutions associés (maladies cardiovasculaires et respiratoires…) ;
– la dégradation des conditions de vie liée aux inondations et phénomènes météorologiques extrêmes (tempêtes, ouragans…) plus fréquents ;
– une diminution des ressources en eau potable et terres cultivables ;
– un déplacement vers le Nord de maladies transmises par des insectes tel que le moustique Tigre Chikungunya, le paludisme, la dengue, la maladie de lyme… On observe déjà aujourd’hui un déplacement du moustique tigre qui remonte de deux départements français vers le nord chaque année et du côté de la mer Baltique un nombre croissant de cas de dysenterie (1).
– l’émergence ou la réémergence de maladies infectieuses associées à des modifications des écosystèmes (perte de biodiversité) et à une plus grande variabilité climatique (2). Parmi les maladies infectieuses dont la virulence et la gravité pourraient être modifiées par le changement climatique, la fièvre à virus West Nile, la leishmaniose, la borréliose de Lyme ou encore le paludisme…

Selon l’OMS, le changement climatique pourrait causer chaque année 250.000 décès prématurés supplémentaires. Les enfants et personnes âgées seront les plus impactés. Et ce n’est là que la pointe de l’iceberg au regard des 50 millions de personnes supplémentaires qui risquent d’être confrontées à la faim d’ici 2050. C’est en fait l’ensemble des facteurs sociaux et environnementaux qui déterminent notre bien être – un air pur, une eau potable, une alimentation saine en quantité suffisante et un logement sécurisé… – qui va être affecté.

A Paris, en décembre prochain, l’humanité a rendez-vous avec son histoire. Et pour réussir la mobilisation internationale de la COP21 en faveur de ce bien commun qu’est le climat, il faut une adhésion citoyenne plus forte en faveur de mesures fortes. Alors, si le futur de l’Arctique n’émeut pas la majorité de la population, sans doute est-il utile de démontrer qu’il s’agit fondamentalement aussi d’un combat pour protéger notre santé à tous. Et la bonne nouvelle – si j’ose dire – c’est qu’un grand nombre de mesures destinées à lutter contre le changement climatique ou à s’y adapter ont un effet positif immédiat sur la santé publique et, par conséquent, sur nos dépenses futures.

Osons quelques exemples.

Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre il faut aider les particuliers et les entreprises à consommer moins d’énergie, miser sur les énergies renouvelables, investir dans le transport collectif (train, bus, covoiturage…) et la mobilité douce… Autant de choix politiques qui, en améliorant la qualité de l’air dans nos villes, diminuent la prévalence des affections respiratoires, asthme, maladies cardiovasculaires, cancers et autres allergies. A Copenhague, 36% des déplacements quotidiens se font aujourd’hui à vélo. C’est bon pour le climat et excellent pour la santé des habitants, cyclistes ou non…

L’enjeu n’est pas mince. On estime que la pollution atmosphérique est responsable de 3,3 millions de décès prématurés chaque année dans le monde, soit 6 % et plus que le paludisme et le sida réunis. Les maladies, chroniques ou non, liés à la mauvaise qualité de l’air entraînent des coûts considérables pour la sécurité sociale (assurance maladie) et pour l’économie (absence des travailleurs…). En Belgique, le simple respect des normes de l’OMS relatives aux émissions de particules fines (moteurs, chaudières, feu…) sauverait annuellement 3.000 vies dont une large proportion d’enfants (3).

Développer largement l’agriculture biologique constitue à la fois une excellente façon de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de particules fines (générées par les engrais azotés) et rend nos systèmes agricoles plus résilients aux changement climatiques. Or, l’intérêt de l’agriculture bio pour la santé et la sauvegarde de la biodiversité n’est plus à démontrer. (4)

Pour bien respirer aussi en été il est nécessaire d’aménager nos villes afin de diminuer l’impact des périodes de canicules dont la fréquence va augmenter : prévoir des espaces collectifs rafraîchis (pour les personnes âgées, par exemple), créer des jardins suspendus ou étagés, végétaliser des rues, aménager des espaces publics ombragés… Les villes de Rome ou de Fès ont décidé de développer ces mesures à grande échelle. Elles améliorent sensiblement la qualité de vie des habitants, réduisent les risques sanitaires et créent des espaces de convivialité et de reconnexion à la nature bénéfique pour le bien être de tous.

La nécessité d’une politique climatique ambitieuse est aussi une opportunité d’améliorer notre qualité de vie à tous, immédiatement et pour l’avenir. Comment accepter que l’État subsidie le diesel puis finance le Ventolin pour les asthmatiques ? Qu’il demande aux enfants de rester chez eux les jours de pic d’ozone alors que les automobiles circulent sans restriction ?
En la matière, l’action coûte moins que ne coûtera l’inaction. Nous ne pouvons accepter que pour les profits de certains aujourd’hui, l’Etat ferme les yeux sur les dettes collective de demain !

L’ordre du jour de la Conférence de Paris sur le climat (COP21) comprend un chapitre « santé » qui appelle à une surveillance et une gestion internationale de cette dimension des changements climatiques. Mais à l’instar de ce que montrent les dynamiques développées par la Convention des maires pour le climat (5), ce sont les projets territoriaux au niveau des communautés locales qui aujourd’hui relèvent le mieux les défis de la santé environnementale.

Le Réseau des Villes en santé de l’OMS (6) illustre bien le fait que la commune est une bonne échelle pour agir sur les déterminants de la santé, l’urbanisme, la mobilité, les service de santé de proximité, le sensibilisation, la participation citoyenne… et relever le défi d’une ville respirable en particulier en faveur des plus pauvres.

Relever le défi climatique et améliorer la santé publique peuvent se conjuguer positivement dans presque toutes les politiques. Les idées, les outils, les expériences sont disponibles et se partagent. En Belgique toutefois, ni la Convention des maires pour le climat, ni le Réseau des villes en santé ne semble séduire nos décideurs. Qu’attendons-nous ?

Le défi climatique nous appelle à une véritable métamorphose solidaire à l’échelle planétaire. Fondamentalement, ce sera pour vivre mieux si nous osons choisir plutôt que subir.

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1. Le rapport de l’Association Santé Environnement France sur les effets du réchauffement climatiques sur notre santé (maladies infectieuses, sécheresses, tempêtes, pollution…)) : http://www.asef-asso.fr/attachments/article/2622/lesdialoguesdelasef16octobrechangementclimatique.pdf

2. Les études épidémiologiques récentes indiquent une augmentation quasi exponentielle du nombre de maladies infectieuses (multipliées par 10 entre 1950 et 2010) et une corrélation de la plupart d’entre elles avec l’augmentation de la variabilité climatique des températures.

3. En période de pic de pollution, la mortalité des nourrissons augmente de 74 %…

4. La superficie agricole labellisée Bio dépasse aujourd’hui les 20 % en Autriche et au Danemark.

5. http://www.conventiondesmaires.eu/index_fr.html

6. http://www.villes-sante.com/