Lunchbox

Beauté de l’improbable

Par Zeugma  

Allez voir « The lunchbox » au cinéma, empruntez-le à la médiathèque ou piquez-le à votre belle-mère… : c’est un film formidable !

Pour ceux qui aiment l’Inde, il la montre avec une rare justesse, tout à la fois en nuances et dans ses évidences : les trains qui se croisent, un cycliste sous la pluie, des gamins qui jouent au criquet dans une ruelle, un rickshaw bloqué dans les embouteillages, un vendeur de cigarettes à la pièce, le rythme lent de dialogues louvoyant comme les courbes d’un fleuve paresseux, des doigts fins, un dodelinement de tête et toute une gestuelle des corps, … Et puis la nourriture, les plats en sauce que, jour après jour, la femme prépare pour son mari et lui envoie dans la «lunchbox», emboitement de petits bols d’acier qu’une chaîne de livreurs ira déposer au bureau.

À Bombay, ce sont des centaines de milliers de repas qui sont ainsi transportés quotidiennement. La nourriture étant liée à la caste, et donc sacrée, le plus grand soin est apporté à la livraison par une communauté de travailleurs structurée, unie comme une chorale, fière de sa tradition. Le taux d’erreurs, un jour calculé par des analystes d’Harvard, serait de 1 sur … 4 millions de repas. L’argument du film part de cette erreur-là : le repas n’arrive pas au mari, mais à un inconnu. Suite à ce problème d’aiguillage, deux êtres que rien n’aurait dû lier vont se parler, ou plutôt s’écrire. Chaque jour, une femme, jeune, belle, délaissée par son mari, va glisser un mot dans une crêpe ; chaque jour, l’homme, vieillissant, veuf, lui répond. Et puis …

Ceux qui ne connaissent pas l’Inde seront alors pris par le récit, ses silences, ses fils qui se déploient et se tissent doucement.

Par la pudeur et la force de l’absence, celle d’un personnage qu’on entend sans jamais voir, celle d’un éclat de sanglot quand…

Par la résistance. Une résistance qui peut faire écho à celle qui se vit ici. La résistance de la tendresse au coeur même de la vie qui s’accélère, devient impayable, saturée, absurde.

Par la confiance de ce personnage convaincu que, « parfois, en montant dans le mauvais train, on arrive dans une bonne gare ».

Par curiosité : le site des Dabbawalas