Cirque ok

Quel cirque !

Par Zeugma

Déjà, avant, on avait interdit les coqs dans les villages, parce que ça faisait trop de bruit. (Si si, c’est vrai. Bon, d’accord, pas dans tous les villages). Eh bien, aujourd’hui, on a aussi interdit les animaux sauvages dans les cirques.

Petits enfants émerveillés, vous qui, après un passage sous le chapiteau, avez rêvé des nuits et des nuits de devenir dompteur de tigres en livrée rouge et or, nounou pour bébé éléphant dans les forêts de Birmanie, organisateur de courses cyclistes pour ours des Pyrénées, lecteur de l’œuvre complète d’Hemingway aux lions du Parc Krüger, c’est fini, on ferme, basta, closed, retournez à vos consolations de jeux vidéo…

Laurette Oncle-Lynx, Ministre de la santé, elle l’a dit dans le poste : elle est fort contente qu’on interdise les animaux dans les cirques, parce que c’est pâââs bien, et que d’ailleurs on voit des choses horrrrribles. Franchement, c’est-i’ pas touchant ? Puissant ? Visionnaire ? …

Certes, la Dame aurait pu ajouter que jamais nous n’avons autant abîmé, détruit la nature : nous réduisons la biodiversité et nous bousillons tous les sols, toutes les eaux et tous les airs qui peuvent l’être.

Jamais nous n’avons autant nié la nature : nous vivons largement hors-sol, hors-saison, en niant la mort, mais en changeant de sexe (pourquoi pas ? On le veau bien).

Jamais nous n’avons été aussi ridicules dans notre relation avec la nature : il y a des psys pour chiens, et les humains mâles quinquas veulent manger des pommes fripées (parce que les peaux lisses ne peuvent pas être bio) tout en larguant leurs femmes fripées (parce que les fesses lisses c’est quand même plus beau).

Et elle aurait encore pu dire, la Dame, que des hommes qui passent des années à vivre avec leurs animaux pour apprendre des choses ensemble, pour ensemble donner du plaisir à des semblables sous un chapiteau, pour faire de la poésie opérationnelle, et bien ces hommes-là ne peuvent pas être mauvais. Au contraire, face à leurs bêtes, sans doute doivent-ils souvent se poser la question de Montaigne lorsqu’il jouait avec son chat : est-ce l’homme qui s’amuse de l’animal, ou l’animal qui se divertit du bipède habillé et bavard ? Et que ça, cette patience, cette folie douce, ce changement de perspective, cela mérite, plus que jamais, d’être protégé.

Mais, alors, la Madame aurait perdu des points dans le grand jeu de la campagne : « C’est ki ki va arriver le premier tout en haut de l’échelle de Tartuffe ? ».

Et ça, c’eut été dommage…