Roger, une Rochefort !

Le Ministre Henry a donc tranché et annulé le permis d’environnement accordé à la société Lhoist pour réaliser des essais de forage en vue de vérifier la faisabilité de l’approfondissement de la carrière de la Boverie à Rochefort.

Décision obscurantiste comme l’affirme le Ministre Marcourt ? Au contraire, en privilégiant la protection de l’écosystème « Tridaine » et de l’eau utilisée pour brasser la célèbre Trappiste et approvisionner les 7000 habitants de Rochefort, Philippe Henry a fait le choix du bien commun et du long terme. C’est réjouissant !

Pour le ministre, rien ne permet à l’heure actuelle de garantir que les projets du groupe carrier n’auront pas d’impact sur la qualité de l’eau et sur l’approvisionnement

Priorité au bien commun

L’eau est une ressource fondamentale, vitale et fragile.

Dans les motivations de sa décision, Pour le ministre, rien ne permet à l’heure actuelle de garantir que les projets du groupe carrier n’auront pas d’impact sur la qualité de l’eau et sur l’approvisionnementle Ministre estime ne pas disposer de garanties suffisantes pour assurer que les projets de Lhoist n’auront pas d’impact sur la qualité de l’eau de la Tridaine et sur l’approvisionnement de l’Abbaye Saint-Remy pour son activité brassicole.

Approfondir davantage la carrière risquerait de dévier l’eau pénétrante qui ne traverserait plus la couche de calcaire et perdrait ainsi son filtre, et potentiellement sa qualité.

La priorité a donc été donnée a la protection d’un bien commun.

Ni bien privé – échangé sur le marché et ne répondant qu’à une logique de profit individuel -, ni bien public – produit par l’Etat -, le bien commun est une ressource, que la communauté décide de protéger et de gérer afin d’en garantir la pérennité et l’accès à tous.

L’eau, l’air, une langue ou un logiciel libre en sont des exemples.

La volonté de protéger et gérer un bien commun ne relève pas des seuls pouvoirs publics mais bien d’une mobilisation collective.

On le voit ici : outre l’abbaye, de nombreux citoyens se sont mobilisés de façon exemplaire pour protéger l’écosystème du Gerny et l’eau de la Tridaine.

Une victoire du long terme

Les arguments inscrits dans le long terme ont pesé ici davantage que ceux du court terme. Ce n’est pas si courant et n’est jamais simple.

468 emplois éventuellement consolidés en cas de prolongation de 30 ans du permis d’exploiter la carrière versus 245 emplois générés par l’activité brassicole sans limite de temps ? La prolongation momentanée de l’exploitation d’une carrière versus la protection durable de la source au bénéfice de tous les habitants ?

La décision du Ministre est pertinente et invite l’entreprise Lhoist – dont le chiffre d’affaire est de l’ordre d’1 milliard 700 millions € – à préparer et investir pour pérenniser ses activités sans porter préjudice aux ressources locales. Neuf ans de pierre disponibles à la Boverie et d’autres gisements wallons propriétés de Lhoist permettent de mener cette réflexion sereinement en organisant une concertation constructive entre les parties concernées pour trouver une solution qui permette aux activités économiques respectives de coexister tout en préservant l’écosystème du Gerny

Vision politique et changement d’ère

L’autorité agit dans un cadre réglementaire strict et ses actes doivent être rigoureusement motivés. Pourtant, il n’est pas certain qu’un autre Ministre que Philippe Henry eut pris la même décision.

En d’autres temps, auprès d’autres oreilles, les sirènes du chantage à l’emploi à court terme auraient peut-être entraîné une autre décision avec d’autres conséquences.

Cette histoire, serait-elle aussi source d’espoir ? Illustration du fait que les idées évoluent et que nous sommes aujourd’hui mieux outillés que par le passé pour agir et prendre des décisions qui s’inscrivent dans une perspective d’usage raisonné et raisonnable de nos ressources naturelles ?

Les habitants de Rochefort ont montré leur attachement à leur patrimoine et leur mobilisation citoyenne atteste d’une volonté largement partagée de remettre l’économie à sa place, en harmonie avec la nature et les humains, mais aussi de réfléchir avec les entreprises et les travailleurs au futur de leurs activités et de leur emplois.

Ministre, entreprise, association, chercheur, citoyen… autant de façons d’agir qu’il y a de fonctions et d’envies. Ensemble, nous pouvons résister, protéger… mais aussi créer !

Bon, ça se fête, non ? Roger, une Rochefort !

 

Pour plus de détails,

– un article de l’Echo, indiquant nombre de précisions et nuances dans lesquelles je ne suis pas entré.

– les actes du colloques qu’Etopia a consacré aux biens communs

– le site de la locale Ecolo de Rochefort

– le site du Comité « Sauvez la Tridaine » 

– le site de l’entreprise Lhoist consacré à la carrière de la Boverie