Salauds de pauvres !

« 6000 fraudeurs du CPAS ! » titre la Une des éditions de Sud presse de ce mercredi. Pourquoi pas « Salauds de pauvres! » ? D’ailleurs, « il faut renforcer la prévention de la fraude dans les CPAS » renchérit la Secrétaire d’Etat à … la lutte contre la pauvreté, Maggie Deblock.

Selon les chiffres publiés, un peu plus de 4 % des citoyens bénéficiant de l’aide d’un CPAS auraient fraudé, c’est-à-dire, le plus souvent, omis de déclarer une cohabitation ou un revenu complémentaire. Le tout pour un montant d’aides indues de 10 millions d’euros en 2012, montant qui aurait largement été récupéré.

En clair, près de 96 % de ces hommes et de ces femmes, de ces parents, de ces jeunes… qui comptent chaque jour les euros qui leur restent, qui angoissent à l’idée d’un imprévu impayable, qui reportent le rendez-vous du gamin chez le médecin, qui ne vont ni en vacances, ni au restaurant, ni au cinéma… n’auraient pas touché un kopeck de plus que le minimum auquel ils ont droit.

Certes, la loi s’applique à tous et les pouvoirs publics doivent être garants du traitement équitable de chacun. Mais, alors que la fraude fiscale s’élèverait selon une étude récente de l’ULB à 20 milliards d’euros par an en Belgique, alors que les 10 % des belges les plus riches ont vu leur patrimoine croître nettement depuis le début de la crise financière, alors que la femme d’ouvrage d’Albert Frère paye peut-être plus d’impôt annuel que les 2 holdings de son patron, alors que la précarité de l’emploi augmente partout en Europe, alors que les chômeurs qui ne trouvent pas de boulot sont envoyés vers les CPAS, alors que…  je voudrais rendre hommage à ces jeunes – « sans expérience » – et ces moins-jeunes – « trop âgés » – qui cherchent désespérément du travail ou enchaînent les sous-statuts, qui encaissent les refus et les absences de réponses des employeurs potentiels, qui vivent l’humiliation des évaluations technocratiques du contrôle activateur de sans-emploi, qui se forment et se reforment sans perspective réelle d’engagement. Je veux dire mon respect à ces hommes et ces femmes dignes qui veulent vivre debout malgré les difficultés et malgré le regard d’une société qui les stigmatise et les culpabilise.

Rosalie, Fabien, Amhed, Severine, Kadija… les assistés de notre temps ne sont pas ceux qu’on croit et vos voix méritent d’être écoutées.

D’ailleurs, vous pouvez commencez par participer à l’événement « Paroles de stagiaires – Quand des adultes en formation prennent la parole ! » organisé par les centres EFT-OISP de la fédération Aleap le 31 janvier 2014 au Théâtre de Namur de 10h à 15h30.

http://www.compagniebuissonniere.be/evenement-paroles-de-stagiaires-le-31-janvier-2014-au-theatre-de-namur/