Sodas à l’école : tragique reculade…

La Ministre de l’Éducation Marie-Martine Schyns vient donc de renoncer à l’idée de retirer les distributeurs de boissons sucrées des écoles. Une reculade indigne des enjeux de santé publique et qui dévalorise le sens de la responsabilité politique.

C’était il y a deux ans à peine, en mars 2012, suite à un rapport de l’ONU qui pointait le laxisme des gouvernements et l’irresponsabilité de l’industrie agro-alimentaire en matière d’éducation à la santé, l’ancienne Ministre Marie-Dominique Simonet affirmait : « Dans trois ans, il ne doit plus y avoir de distributeurs parce que nous aurons, avec les écoles, changé les attitudes ». Il faut croire – hélas ! – que le temps de la responsabilité n’est pas encore arrivé…

La consommation de sucre par habitant a plus que doublé en un siècle pour atteindre aujourd’hui plus de 80 kilos par personne et par an. En résulte la croissance dramatique d’une série de problèmes de santé.

Le taux trop élevé de glucose dans le sang et les conséquences du surpoids et de l’obésité figurent respectivement aux troisième et cinquième rangs des principales causes de décès prématurés à l’échelle mondiale. L’augmentation du nombre de personnes souffrant d’obésité est le phénomène le plus souvent évoqué. La proportion de jeunes souffrant d’obésité augmente en effet à grande vitesse, atteignant aujourd’hui 15 % en Fédération Wallonie-Bruxelles. Les conséquences pour la santé et le bien-être des personnes qui en souffrent sont multiples et l’impact prévisible de cette véritable épidémie est effrayant pour les finances publiques. Ainsi, le gouvernement du Royaume-Uni estime-t-il que les coûts directs (soins médicaux) et indirects (baisse de productivité) liés au surpoids (IMC<25) et à l’obésité (IMC < 30) vont augmenter de 70 % d’ici 2015 et être multiplié par 2,4 à l’horizon 2025 par rapport à 2007. Ajoutons à ce noir tableau que le risque d’être confronté au surpoids est triplé quand la famille est plus pauvre que la moyenne.

Mais la surconsommation de sucre est également directement corrélée à l’augmentation du diabète et de syndrome métabolique (différents problèmes de santé liés à un mauvais métabolisme corporel), semble en cause dans différentes altérations du système immunitaire, voire même dans la progression du taux de cancers, et contribue incontestablement à l’hyperactivité et aux troubles de l’attention et de comportement chez les jeunes…

Or, une canette de coca contient environ 6 sucres, soit largement la dose maximale recommandée par l’OMS.

Dans un contexte où ils sont la principale boisson d’un nombre significatif d’enfants, la consommation excessive de sodas a un impact désastreux sur leur santé et même sur leur comportement en classe. La présence de distributeurs dans les couloirs des écoles constitue dès lors une incompréhensible incohérence entre les discours éducatifs et la pratique des établissements scolaires. Or, en pédagogie, l’exemple est l’outil le plus efficace.

Assurer en permanence aux élèves un accès facile à l’eau et rendre plus difficile l’approvisionnement en boissons hyper-sucrées devrait au contraire être évident dans les écoles.

Renonçant à supprimer les distributeurs dans les écoles, la Ministre Schyns affirme vouloir privilégier une charte volontaire, concertée avec le secteur agroalimentaire et les acteurs de l’école. Qu’elle ne perde pas son temps à tenter de susciter l’adhésion conjointe des vendeurs de sodas et des ados accros en faveur d’une réduction de la consommation de coca… Il n’est plus besoin de grandes réflexions, d’actions cosmétiques et de déclarations d’intentions. Juste un peu de clarté et de cohérence pour endiguer un problème de santé publique dont les coûts pour la société ne feront que croître.

Il n’est plus besoin de grandes réflexions, d’actions cosmétiques et de déclarations d’intentions.

Aujourd’hui chacun sait que la consommation de soda n’est pas saine. Seule la conjonction plus ou moins hypocrite des intérêts mercantiles (l’industrie) et budgétaires (les écoles) empêche de prendre les mesures efficaces que tous les experts et acteurs de la santé considèrent nécessaires.

Maintenir les distributeurs dans les écoles sous prétexte qu’ils leur offrent de maigres rentrées financières est un calcul désastreux d’autant plus inconvenant que les écoles offrent, ce faisant, un espace publicitaire permanent à des multinationales aux pratiques contestables. Au final les coûts pour la collectivité, y compris pour l’école elle-même, engendrés par la surconsommation de sucre sont considérablement plus élevés que les maigres bénéfices apportés par la vente de sodas (surtout quand la plupart des écoles ne tiennent pas compte des coûts énergétiques de ces distributeurs). Il appartient donc aux responsables politiques de penser plus globalement et d’opérer les arbitrages budgétaires pertinents.

D’autre part, l’incapacité des responsables à prendre des décisions politiques claires et efficaces, décloisonnant les secteurs et les lignes budgétaires, constitue un aveu d’impuissance politique pitoyable face à un problème majeur.

Chaque école sera libre dit la Ministre… Symptomatique renoncement d’une autorité qui préfère une charte sucrée plutôt qu’une vraie prise de responsabilité, une lâcheté au présent plutôt que le courage d’une vision à long terme…