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Un changement qui associe le réalisme à la radicalité

Chers amis, Verts amis, cette fois, c’est parti ! Nous voilà, ensemble, ce soir… Pour partir en campagne avec la force de nos convictions et parce que nous nous sentons capables, en ces temps incertains, d’apporter mieux que d’autres, des réponses qui ne soient pas celles des sentiers battus. 

Nous nous battons ensemble depuis plus de 30 ans, sur la base d’un constat : l’humanité est mariée à la Terre, à la fois unique et limitée en ressources, et notre prospérité est indissociable des équilibres de notre Planète. L’illusion d’une croissance infinie basée sur l’épuisement des hommes et des ressources a vécu, même si nombre de nos interlocuteurs font semblant que tout peut « continuer durer », comme avant.

Nous savons que ce n’est pas le cas. Et nous avons également la sagesse et l’impertinence à la fois de penser que dans ce monde aux ressources limitées, il existe des infinis : le lien social, la culture, la connaissance, la solidarité. « Les nuits sont enceintes et nul ne connaît le jour qui naîtra », déclarait voici peu au Monde Edgard Morin. La vérité est qu’il n’y a pas de fatalité et même si les temps sont durs, et bien, ils changent !

Il y a deux semaines, nos co-présidents Emily et Olivier donnaient à Louvain-la-Neuve le coup d’envoi de notre campagne électorale pour le scrutin du 25 mai. Ce WE-là, certains de nos adversaires, ou partenaires – ou les deux …- faisaient de même.  Mais, en fait, depuis un certain temps déjà beaucoup s’entraînent à la « petitephrasite », sport de combat très en vogue.

La petitephrasite, je n’aime pas trop. Pas parce qu’il s’agit de combattre, non. Le combat, disait ce vieil Héraclite, est le père de toute chose. Tout pacifiste que je sois, je le crois assez : souvent c’est dans la rencontre, la tension, l’affrontement, l’ajustement de l’un à l’autre, le tango des forces et des idées que naissent les choses.

Mais il y a combat et combat. Nous devons choisir les nôtres. Nous devons économiser notre énergie et l’orienter positivement, pour inventer et bâtir. Nous avons à définir les enjeux avant d’attaquer les bonnes priorités.

Les enjeux, tout d’abord.

Nous sentons la colère et le désarroi d’une partie croissante de la population. C’est vrai. Mais nous pouvons aussi sentir l’espoir. Toute époque est ambiguë, tout moment est ambigu, et nous sommes parfois ambigu.  Il en va de même pour la société tout entière. Nous sentons l’épuisement du modèle et le besoin de changement, le refus et l’aspiration, la lassitude et l’énergie, le sombre et le clair…

Au-delà de cette ambiguité et de ces contrastes, le premier enjeu pour nous est de faire en sorte que l’espoir domine, que l’espoir mobilise.

Oui, l’utopie est nécessaire, porteuse, féconde. Non, le rêve n’est pas un gros mot, ni un synonyme de PTB. L’espoir, est une condition de la vitalité de la vie en société, et donc à sa transition. Et l’espoir en ce début de siècle, je suis convaincu qu’il prend les habits de l’écologie politique !

La transition est le deuxième enjeu de ces élections. On peut parier sans risque que ce sera encore le cas pour les suivantes et les suivantes, etc … Mais il est bien l’heure de changer de comportements et de modèle. Et nous pouvons nous réjouir de ce que notre région soit déjà concrètement engagée dans cette évolution. Aux quatre coins de notre arrondissement il y a des projets, des entreprises, des associations, des groupes de citoyens qui inventent et mettent en oeuvre une autre façon de vivre, plus sobre en ressources consommées, mais plus généreuse en partage ; des entrepreneurs, qui investissent, prennent des risques, créent des emplois qui ont du sens… Pour plus de bien être aujourd’hui et pour mettre notre société en transition.

Nous en connaissons et il y en a parmi nous :

  • la Calestienne à Beauraing, avec Michel Thomas et John-Laurent Nève qui sont des nôtres ce soir,
    http://www.calestienne.be
  • la Grelinette qui organise la livraison de produits de terroir autour de Florenne, avec Vincent Laureys présent lui aussi, http://www.lagrelinette.be
  • la ferme bio de Jambjoûle à Rochefort, avec Bernard Convié, et tant d’autres.  http://www.jambjoule.be

Nous en avons visité aussi ces derniers mois :

  • le Parc naturel du Viroin,
  • l’habitat groupé de Durnal et les rénovations et de logements durables à Dinant,
  • le petit théâtre de la grande vie à Forzée,
  • l’IMP de Thy-le-Château, ou l’extraordinaire « Maison de Vie » du Domaine de Rièze à Cul-de-Sart,
  • la brasserie de Silenrieux, et celle de Rochefort qui échappent toute deux à la logique purement industrielle,
  • le hall-relais de Cul-des-Sarts autour des fruits du verger, celui de Saint-Quentin autour du fromage,
  • tant de PME actives dans le domaine de l’énergie renouvelable, de la filière bois, de la construction ou la rénovation énergétique…
  • Des Gac, des Sel,
  • Ciney, Houyet, Rochefort villes en transition,…

Autant d’aventures humaines qui sont le plus souvent indépendantes du pouvoir politique et doivent le rester. Mais nous voulons les soutenir, les amplifier, profiter du fait qu’en quelques années, une dynamique s’est enclenchée. Un nouveau monde est en train de naître dans le brouillard des crises. Notre territoire, notre « pays », comme on disait joliment autrefois, bouge. C’est réjouissant, encourageant, stimulant.

Au-delà des enjeux, il y a les priorités. Ecolo s’est défini trois priorités de campagne.

Premièrement, la transformation du modèle économique dominant pour le rendre respectueux des hommes et des ressources ; la relocalisation de l’économie et l’économie circulaire. Car nous savons que seule la politique et la régulation peuvent maîtriser le capitalisme autoritaire de la finance et des multinationales. C’est une clé, et peut-être même la clé de voute d’un redéploiement économique durable, d’une réintégration de l’activité économique dans la société et dans les limites de l’environnement.

Acheter ce que l’on mange et transformer les ressources disponibles à proximité, soutenir l’innovation et la formation, inventer des système de production plus économes en ressources ; permettre que des activités socialement et économiquement responsables redeviennent rentables chez nous grâce à une politique fiscale et sociale favorisant les indépendants et les PME, réguler les banques pour amener la finance à contribuer à l’économie réelle, instaurer des droits de douanes européens qui nous protègent des dumpings…

Des actions, à tous les niveaux, qui nous rappellent que nous menons ensemble une campagne à la fois régionale, fédérale et européenne et que notre projet est cohérent à tous ces échelons.

Deuxième priorité, la maîtrise de notre énergie : réduire nos consommations, augmenter la part d’énergie renouvelable et moderniser notre système de distribution. Grâce à l’action des écologistes, la Wallonie réduit sa dépendance à l’énergie nucléaire, fossile, et donc aux importations.

Certains nous disent que c’est cher. L’équivalent de 1 à 2 pleins d’essence par an et par ménage… ! Mais « Qu’est-ce qui est le plus judicieux ? Financer Poutine et les régimes du Moyen Orient ou créer des emplois en Europe dans le renouvelable ? » Continuer à bruler des énergies fossiles ou investir dans la valorisation de l’énergie du soleil et du vent, in finé gratuite, ou dans la valorisation de la biomasse produite, par exemple, par nos agriculteurs ? Investir pour un futur désirable ou payer le prix inestimable des changements climatiques ?

Et puis, vous savez qui sont les « liquidateurs » à Fukushima ? Des SDF cornaqués par la mafia. Et l’opérateur lui-même, Tepco, dit qu’il faudra probablement une cinquantaine d’années pour arriver au bout du chantier. Sans commentaires…

Notre responsabilité historique, celle que nous assumons aujourd’hui dans les combats qui animent les Gouvernements et les Parlements, c’est de diminuer nos émissions de gaz à effet de serre et l’épuisement des ressources de la Terre.

La proposition d’isoler toutes les habitations de Wallonie et de Bruxelles à l’horizon d’une décennie est une des mesures fortes proposées dans cette perspective. Elle fait suite au travail réalisé avec l’Eco-pack et les Alliance Emploi-Environnement, à l’élargissement du nombre de personnes bénéficiant d’un tarif social, à la tarification progressive de l’électricité…

Elle réconcilie l’ambition climatique et la nécessité sociale de sortir les moins favorisés et les locataires de la précarité énergétique. Répondre au défi énergétique, c’est répondre à la question sociale de notre époque et nous devons aller fièrement au contact des gens avec cette priorité et nos réalisations.

Troisièmement priorité, la jeunesse. La jeunesse n’est pas un devenir, elle est un présent. Nos jeunes n’attendent pas de nous qu’on leur transmette un kit de survie ; nos jeunes attendent de nous qu’on leur permette d’être eux-mêmes, c’est-à-dire tournés vers l’avant et pas inquiets de leurs arrières incertains.

Les jeunes de notre région sont particulièrement touchés par le chômage et la proportion de personnes sans emploi est au plus haut dans les communes de l’arrondissement de Philippeville et à Hastière.

La réforme du chômage les amènera simplement à changer de guichet. Passer de l’ONEM au CPAS… Quel projet pour eux ? Quelle perspective d’insertion dans la société ? Quelle offre de formation ? Mais surtout quel sens notre société leur propose-t-elle ?

Notre enseignement renforce les inégalités et 1 prof / 5 quitte le métier après sa première année. Nous devons donc avoir l’audace de repenser le système scolaire avec les enseignants et avec les responsables politiques parfois encore arcboutés sur « leurs réseaux », articuler l’école et le monde du travail, sans soumission, mais en valorisant vraiment les filières qualifiantes, miser sur l’autonomie des écoles et des enseignants. Surtout, donner priorités au fondamental et plus encore à la maternelle, base de l’accrochage scolaire et de l’égalité des chances.

Alors qu’un jeune sur 3 est sans emploi, Ecolo souhaite leur mettre le pied à l’étrier de l’emploi grâce aux « contrats-jeunes » qui permettront une expérience porteuse de sens et au « plan tandem » qui réconcilie les générations.

Mais ne nous y trompons pas. Notre vision n’est pas de former de travailleurs pour mieux faire fonctionner la machine économique. Accueillir l’enfance, reconstruire l’école, développer l’éducation permanente, renforcer l’offre et la participation culturelle… tout cela poursuit une finalité plus essentielle : former des citoyens qui collaborent à la construction d’un monde désirable où chacun trouve sa place, à créer du bien-être partagé, à déployer des hommes et des femmes heureux…

La campagne sera polarisée par les grandes questions socio-économiques. Mais n’oublions pas ce qui fait les racines et les ailes de notre engagement : notre encrage dans notre environnement direct, local.

Notre arrondissement, rural, moins favorisé que d’autres en termes de revenus, de qualité du logement, de mobilité et de services publiques, est confronté à des défis spécifiques mais dispose aussi de ressources particulières à valoriser. C’était le message de la communication que nous avons réalisée il y a quelques semaines sur le redéploiement économique du « Pays de l’Eau d’Heure ». Un projet de mobilisation collective qui dépasse les frontières provinciales et institutionnelles, qui part de l’identité de ce territoire, de sa culture, de sa richesse environnementale, touristique, humaine. Je vous invite vraiment à vous approprier ce projet de « Pays de l’Eau d’Heure ».

Dans ce cadre mais bien plus largement, l’alimentation est à mes yeux un des enjeux cruciaux de notre projet politique. Il y a quelques jours, j’ai proposé le lancement d’une Alliance Emploi-Environnement sur le thème de l’alimentation et la désignation, dans le prochain gouvernement wallon, d’un(e) Ministre chargé(e) de mettre en oeuvre la transition globale de notre système alimentaire en réconciliant la terre, les producteurs, les consommateurs, l’environnement, la santé et le plaisir. Je ferai vivre cette proposition durant la campagne électorale.

La lutte contre les inégalités est aussi une priorité dans notre arrondissement. Nous le savons : une fois atteint un certain niveau de revenus, le bonheur n’est plus essentiellement déterminé par la richesse mais bien par sa répartition. Il y a moins de violence, d’obésité, de grossesses chez les adolescentes ou de décrochage scolaire au  Japon, pays égalitaire, qu’aux Etats-Unis, pays très libéral et inégalitaire. Nous devons lutter contre l’inégalité par tous les moyens. Chez nous, par exemple, en facilitant la mobilité pour tous, ou en trouvant des solutions dignes aux problèmes des habitants des zones d’habitat permanent…

Chers amis,
Nous invitons les citoyens à retrouver le goût de la chose politique. Et pour cela, nous devons leur montrer que l’action politique peut améliorer leur vie. Nous avons expliqué en quoi il fallait dépasser l’économie de l’épuisement des hommes et des ressources si nous voulons que la politique reprenne ses droits sur la prédation de quelques uns aux dépens de tous. Mais ce qui nous rassemble aujourd’hui, ce n’est pas le constat que le monde va mal, c’est la certitude qu’il peut aller mieux. Ce qui nous rassemble, c’est d’abord un même élan, une même conviction : le monde se portera mieux avec nos combats, avec notre volonté d’agir, avec nos solutions.

Et le monde, il commence ici, avec nous et autour de nous, dans nos villages et dans nos villes, en Wallonie, en Belgique et en Europe !

Nous avons choisi d’investir dans la jeunesse, de relocaliser l’économie, de maîtriser le secteur de l’énergie parce que ce sont des conditions pour que les électeurs puissent voter avec leur temps ! Et c’est ce à quoi nous allons les inviter pour cette campagne. Notre analyse de l’état de la planète et de la société est juste, notre action a été déterminée, nos propositions sont concrètes et ambitieuses.

Comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, il y a beaucoup de citoyens verts sans le savoir. Comme nous, il ne veulent plus de l’hémiplégie libérale, du MR obnubilé par la doxa économique et l’obsession du profit. Comme nous, il ne veulent plus d’un vieux schéma socialiste engoncé dans l’étatisme et la lutte des classes. Comme nous, il savent que l’essentiel est dans la vie, libre, pas dans les patrimoines privés ou les droits acquis, dans les mots d’amour et d’amitié; pas dans les chiffres de rentabilité, dans les courbes d’une colline, pas dans celle du chômage ou des exportations.

Comme nous, ils veulent le changement. Pas un changement révolutionnaire, mais un changement qui associe le réalisme à la radicalité. Comme nous, ils refusent de se résigner, ils sont prêts à s’associer à un projet économique réellement au service de la société et respectant les limites de nos écosystèmes.

Les électeurs sont encore largement indécis. Environ 40 % des votants ne savent pas encore qui ils choisiront. Nombre d’entre eux se décideront à la dernière minute, parfois même dans l’isoloir. Nous avons chez la moitié d’entre-eux un grand potentiel de sympathie, surtout chez les jeunes.

Il nous reste 46 jours pour battre campagne, pour aller à leur rencontre, pour rendre les regards neufs sur nos projets et nos candidats. Notre projet est admirablement porté et incarné par des candidats engagés, riches d’expériences et de compétences variées. 46 jours pour montrer, illustrer, expliquer mais d’abord écouter. 46 jours pour montrer l’exemple, celui de celles et ceux qui bougent parce que demain peut-être plus vert et plus juste qu’aujourd’hui. Chacun de ces jours est une marche à gravir pour atteindre notre objectif : peser sur la réalité et faire progresser le projet écologiste.

Et nous allons le faire ensemble !


Discours prononcé lors du lancement de la campagne à Philippeville, le 7 avril 2014.
Plus d’informations sur la campagne dans mes carnets de campagne, et sur le site www.namur-province-verte.be.