vaccins

Faut-il vacciner plus jeune ? Faut-il grouper les vaccins ?

Une étude américaine interroge l’évolution de notre politique de vaccination.

Au début du XIXe siècle déjà, Napoléon fit censurer la circulation de l’information sur la vaccination contre la variole afin d’en donner une image strictement positive. Les controverses sur la vaccination sont presqu’aussi anciennes que la vaccination elle-même et mener un débat à ce sujet de façon transparente et nuancée reste diantrement difficile. Loin des caricatures opposant les « pour » et les « contre », un grand nombre de questions relatives à la politique vaccinale mériteraient pourtant d’être posées politiquement.

C’est en ce sens que la large étude de Goldman et Miller, publiée en octobre 2012 (1), est interpellante. Elle conclut en effet que plus on multiplie les doses de vaccins en une seule injection lors de la première année de vie d’un enfant et plus celui-ci est vacciné tôt, plus cet enfant connaît des risques d’hospitalisation et de décès.

Une étude sur près de 40 000 enfants

L’étude de Goldman et Miller s’appuie sur la base de données du programme VAERS (2) (Vaccine Adverse Event Reporting System), qui collecte toute information relative à des problèmes survenus aux Etats-Unis après une vaccination. Lancée en 1990, cette base de données contenait, en 2010, environ 350 000 rapports dont les informations sont fournies par les producteurs de vaccins (37%), le personnel soignant (36%), les programmes publics de vaccination (10%), les personnes vaccinées ou leurs parents (7%) et diverses autres sources.

Sur l’ensemble des cas recensés, les chercheurs ont retenu les enfants âgés de moins d’un an, soit 38 802 patients ayant reçu entre 1 et 8 doses au cours d’une même visite chez le médecin. Pour chaque cas, le nombre de doses reçues a été calculé sur base des spécificités des différents vaccins. Des taux d’hospitalisation ont alors été mesurés en divisant le nombre de cas d’hospitalisations rapportés parmi les enfants pour un nombre de doses donné par le nombre d’enfants recensés ayant reçu le même nombre de doses. Le taux de décès a été calculé de la même manière.

Plus on injecte de vaccins différents lors d’une même visite 
et plus on vaccine jeune les enfants, plus ils sont hospitalisés…

Une première analyse statistique a permis d’établir une corrélation entre le nombre de doses de vaccins reçues par un enfant lors d’une même visite et le taux d’hospitalisation. Le lien entre les deux variables a été modélisé par une régression linéaire.

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Le résultat est net : plus un enfant reçoit de doses de vaccins en une fois, plus il risque d’être hospitalisé. Le taux d’hospitalisation passe en effet de 11% pour 2 doses à 23,5% pour 8 doses. Autrement dit, dans la population étudiée suite à un rapport au VAERS, si un enfant de moins d’un an reçoit une dose de vaccin, il a une chance sur dix de se retrouver à l’hôpital ; s’il en reçoit huit, il a presque une chance sur quatre.

Une seconde analyse a porté sur la relation entre l’âge de la vaccination et le risque d’hospitalisation. Là aussi, le résultat semble clair : tous nombres de doses confondus, plus un enfant est vacciné tôt, plus le taux d’hospitalisation constaté est important.

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La mortalité augmente avec le nombre de doses reçues en une fois, et diminue avec l’âge

Les mêmes résultats tendanciels apparaissent lorsque l’on s’intéresse à la mortalité des enfants et plus seulement à leur hospitalisation.

La mortalité est plus importante pour les enfants ayant reçu entre 5 et 8 doses, que pour les enfants ayant reçu entre 1 et 4 doses : 5,4%, contre 3,6%.

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La mortalité est aussi plus importante pour les enfants ayant reçu leurs vaccins avant six mois par rapport à ceux qui les ont reçu entre six mois et un an : 6,1%, contre 2,1%.

Centrer la pratique vaccinale sur l’intérêt de l’enfant

Les auteurs de l’étude attirent eux-mêmes l’attention sur certaines limites de leur analyse : d’autres facteurs peuvent évidemment influencer la prévalence d’effets secondaires comme la prédisposition génétique, l’état de santé globale, la qualité des vaccins ou la sensibilité à une ou plusieurs composantes du celui-ci… et n’ont pas été pris en compte.

Une réserve plus fondamentale tient également au fait que l’étude est réalisée sur des enfants vivants dont on ignore s’ils auraient potentiellement été hospitalisés ou seraient morts s’ils n’avaient pas été vaccinés.

Mais nonobstant ces remarques, les conclusions de l’étude de Goldman et Miller interpellent et doivent nous inciter à évaluer avec sérieux la tendance actuelle à vacciner plus, plus tôt et de façon plus groupée.

Sommes-nous aujourd’hui en capacité de reproduire, de contextualiser, de valider ou non les résultats de cette étude basée sur le VAERS américain ? Quels sont les outils statistiques et scientifiques indépendants permettant d’évaluer les avantages coûts/bénéfices et risques/bénéfices de la politique vaccinale en général et de chaque vaccin en particulier, y compris en fonction de l’âge de la vaccination des enfants ?

En Fédération Wallonie-Bruxelles, les autorités estiment que l’administration de plusieurs vaccins en même temps n’a pas d’effet négatif sur un système immunitaire normal (3) et le carnet vaccinal de base recommande pas moins de neuf vaccins différents (4) dont plusieurs sont groupés et impliquent des doses multiples. Une large majorité d’enfants est vaccinée dès avant 3 mois conformément aux exigences des milieux d’accueil et certaines instances recommandent une vaccination de plus en plus précoce pour des maladies qui jadis ne concernaient pratiquement pas les bébés bénéficiant de l’immunité de leur mère.

Cette évolution peut partiellement s’expliquer par les facilités offertes aux médecins et aux parents (regrouper l’injection de différentes doses en une fois serait plus pratique) ou par des intérêts commerciaux (vendre plusieurs vaccins à la fois) mais nous devons la questionner en privilégiant fondamentalement la santé globale et durable des enfants et le développement d’une immunité individuelle et collective de qualité.

Notre relation collective au risque évolue, nous voulons de plus en plus le maîtriser, mais pareil sujet mérite certainement un débat scientifique et politique à la hauteur des enjeux.


L’ensemble de mes questions parlementaires relatives aux vaccins est disponible ici (en pdf).


(1) GS GOLDMAN et NZ MILLER, Relative trends in hospitalizations and mortality among infants by the number of vaccine doses ans age based on the Vaccine Adverse Event Reporting Systel (VAERS), 1990-2010, in Human Expeminental Toxicology, October 2012, vol. 31 no. 10, 1012-1021, accessible en ligne sur http://het.sagepub.com/content/31/10/1012.full
(2) Site du programme : http://vaers.hhs.gov/index
(3)http://www.vaccination-info.be/questions-reponses/questions-generales/93-n-est-il-pas-dangereux-d-administrer-aux-nourrissons-plusieurs-vaccins-en-meme-temps
(4) Voir http://www.vaccination-info.be/vaccination-bon-a-savoir/la-vaccination-en-belgique